Un électrochoc au centre-ville

ÉDITORIAL / La population de Saguenay a enfin une idée précise de ce que serait un nouvel amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi. Bien plus qu’un aréna, le complexe dévoilé mardi par la mairesse Josée Néron propulserait ce secteur vers l’avenir, intégrant non seulement le sport, mais également le culturel et le développement durable. Une nouvelle autogare, un marché public accessible à l’année, une scène extérieure et une passerelle faisant le lien entre la Zone portuaire et la rue Racine font aussi partie des plans.

Josée Néron a fait ses devoirs et a livré à ses citoyens un véritable projet de société. Comparer celui-ci à une simple patinoire, sous prétexte qu’il y en a déjà une dizaine à Saguenay, est réducteur, voire insignifiant. Il lui reste maintenant à convaincre la population, puis les membres de son conseil, dont la majorité s’oppose à un investissement d’une telle envergure. Mais pour ça, elle a amplement le temps.

En choisissant d’abattre sa première carte devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay–Le Fjord, la mairesse savait qu’elle gagnerait une base d’ambassadeurs. Il lui fallait toutefois mettre fin aux rumeurs selon lesquelles Saguenay imposerait des stationnements payants au centre-ville. Le concept d’utilisateur-payeur était mal accueilli par la communauté d’affaires ; elle a donc ajusté son projet. Ce faisant, elle a sans doute perdu des appuis au conseil, mais politiquement, Josée Néron s’est adjoint des personnes influentes, qui sauront faire valoir l’impact d’une telle infrastructure le long de la rivière Saguenay.

Josée Néron a entre les mains un projet structurant, qui aura l’effet d’un électrochoc au centre-ville de Chicoutimi. Car, n’en doutons pas un instant, un chapelet de commerces et d’organisations de tous genres se grefferont à cette pièce maîtresse d’urbanisme. Également, il ne faudrait pas oublier que c’est l’ensemble du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui rayonnera à travers cet amphithéâtre moderne, digne du 21e siècle. Il faut parfois savoir opposer la fierté et les retombées indirectes aux considérations strictement pécuniaires.

La construction devrait engendrer des coûts de quelque 80 millions de dollars. Or, la mairesse de Saguenay est catégorique : il n’y aura pas de projet sans la participation de Québec à hauteur d’au moins 50 %. Elle espère par ailleurs une aide d’Ottawa ainsi qu’une participation du secteur privé, notamment pour le nom de l’éventuel complexe. Ubisoft ? Rio Tinto ? Produits forestiers Résolu ? Une institution bancaire ? Il est plus que probable que l’un de ces grands joueurs — ou un autre — soit prêt à délier les cordons de la bourse pour voir scintiller son logo sur un tel mastodonte, au coeur de la région.

Doit-on douter de la contribution des gouvernements ? Non. À preuve, Rimouski, qui compte 49 000 habitants, a obtenu 25,7 M$ du provincial et du fédéral pour son Complexe sportif Desjardins, soit 62,1 % du financement global. Pour donner son nom à l’enceinte, Desjardins a quant à elle versé 2,1 millions $. À Trois-Rivières, une ville de 135 000 personnes, Québec s’est engagé, en 2016, à hauteur de 26,8 millions $ pour le futur Colisée, un amphithéâtre de 4390 sièges et 22 loges.

En admettant que l’État réponde aux attentes minimales de la mairesse, c’est une facture d’une quarantaine de millions (plus taxes) que se partageront les 151 000 Saguenéens, dans le pire des cas. Pour cette somme, ils se doteraient non seulement d’un nouvel édifice digne de notre époque, mais ils règleraient aussi le problème de l’autogare du Havre, complètement désuète. Ils feraient d’une pierre deux coups.

Au cours des prochains mois, les citoyens seront invités à se prononcer sur le projet ; à le bonifier ; à se l’approprier.

Si Josée Néron tient le cap et qu’elle se révèle aussi convaincante qu’elle l’a été mardi, devant la Chambre de commerce, c’est une majorité d’électeurs de partout sur le territoire qui demanderont à leur conseiller respectif de s’inscrire dans la démarche. Voilà ce sur quoi elle doit miser la mairesse si elle souhaite remporter la mise.