Un coup de gueule rassurant

ÉDITORIAL / La sortie publique des conseillers Michel Potvin, Jean-Marc Crevier, Raynald Simard et Michel Tremblay, lundi, a de quoi réjouir les contribuables de Saguenay à maints égards. Ce n’est pas tant qu’ils aient dénoncé la hausse fulgurante du prix de l’asphalte qui étonne, mais plutôt qu’ils aient choisi d’aviser aussi spontanément la population de ce qu’ils qualifient d’incohérence. Leur coup de gueule, quelques instants à peine avant la tenue de la séance régulière du conseil, était improvisé et cinglant tel un uppercut pour les entreprises locales qui ont déposé des soumissions afin d’effectuer les travaux de pavage. Peut-être un peu trop, d’ailleurs. Par contre, ce coup de gueule témoigne du sérieux qu’ils accordent à l’administration des fonds publics, et rien que pour ça, il y a lieu de leur lever notre chapeau.

Il est beaucoup trop tôt pour crier au scandale ou à la collusion. Tel que le rapportait le journaliste Denis Villeneuve, dans notre édition de mercredi, les compagnies concernées semblent en mesure de fournir des explications légitimes quant à leur soumission respective. L’analyse du dossier déterminera qui a raison et qui a tort dans cette affaire, mais là n’est pas l’objet de cet éditorial.

Ce qu’il faut retenir à ce moment précis des événements, c’est qu’à défaut d’obtenir les précisions souhaitées et surtout, faute de solution acceptable pour dénouer l’impasse, les élus de Saguenay ont sonné l’alarme. Ils ont dit, en d’autres mots : « Nous ne sommes pas des valises. »

Il leur aurait été plus facile de plier l’échine et d’entériner les excès de coûts. Ils auraient également pu accepter une recommandation de leur fonction publique, qui, selon différentes sources, suggérait de revoir à la baisse l’ampleur des chantiers routiers, de manière à respecter le budget alloué de 18 millions de dollars, conformément aux prix fixés par les entrepreneurs. Bref, faire moins de kilomètres sans jamais remettre en question les soumissions. Honnêtement, existe-t-il une hypothèse plus inconséquente que celle-ci ?

Fort heureusement, les conseillers ont rejeté d’emblée cette proposition des fonctionnaires et ont plutôt choisi de demander un temps d’arrêt, le temps d’analyser la situation et de trouver une solution qui leur permettra de remplir leur engagement politique qui est, rappelons-le, de remettre à niveau 40 kilomètres de routes sur le territoire de Saguenay.

Maintenant, comment comptent-ils s’y prendre ? Là est la question. Scinderont-ils les contrats afin de permettre à de plus petites entreprises d’y avoir accès ? Assoupliront-ils leur politique de pénalités en cas de retards dans les travaux ? Réduiront-ils la mise de fonds exigée aux entreprises ? Feront-ils appel aux employés de la Ville afin que ceux-ci assument une partie du projet en régie interne ?

Tout est sur la table, mais une chose est certaine : le conseil actuel n’entend pas jouer à l’autruche et administrer les finances de la ville comme s’il s’agissait d’un puits sans fond. Et ça, c’est rassurant.

Il est à souhaiter que chaque dépense majeure soit ainsi abordée à l’avenir, avec le sens critique auquel chaque contribuable est en droit de s’attendre de la part de ses représentants. Dans le doute, les élus ont le devoir de pousser davantage leur réflexion et de ne pas se satisfaire uniquement de ce que les fonctionnaires leur proposent. Car ce sont eux qui ont reçu le mandat de gérer.

Et si, comme lundi, il leur faut casser des oeufs pour obtenir la meilleure des omelettes, qu’il en soit ainsi.