Un bon départ, mais...

ÉDITORIAL / Sur papier, le scénario tient la route : un amphithéâtre moderne de 4000 places, un parc urbain et 125 condos de luxe, le tout pour 60 millions de dollars. Le projet élaboré par les élus de l’arrondissement de Chicoutimi a certes le mérite de satisfaire, en partie appréciable, chaque courant de pensée, mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

En effet, si les conseillers de Chicoutimi ont su articuler une formule hybride qui tient compte des principales suggestions retenues, ils n’ont pas encore convaincu leurs homologues des arrondissements de Jonquière et de La Baie, ce qui ne se fera pas sans effort. Également, rien ne garantit que Québec assumera deux tiers des coûts de construction, tel que souhaité par les élus.

Mais, de tous les défis à relever, le plus important est sans doute celui de persuader la population de Saguenay du bien-fondé de cet investissement majeur. En ce sens, la Ville doit tout mettre en œuvre pour éviter un règlement d’emprunt, lequel ferait assurément l’objet d’un référendum. Dans les circonstances actuelles, malgré des finances qui, dit-on, se sont replacées, il serait étonnant que les citoyens appuient majoritairement une dépense frôlant les 20 millions de dollars. Cette portion des investissements, qui devrait être déboursée par la Ville, doit impérativement être comblée autrement que par des taxes municipales. Après avoir augmenté substantiellement la contribution des citoyens lors des deux derniers exercices budgétaires, il serait suicidaire pour l’administration Néron de leur demander d’endosser aveuglément le projet, quels que soient les changements qui ont été apportés à la version originale.

Les solutions sont toutefois multiples, quand on y réfléchit : partenaires privés pour le nom du futur amphithéâtre, stationnements payants au centre-ville ou simplement à l’intérieur de l’autogare, organisations de spectacles, taxes issues des condos associés au projet…

Reste à voir si tous ces éléments réunis, additionnés à d’autres sources de financement à développer, seront suffisants pour amasser la somme requise de 20 millions de dollars.

Le début de quelque chose ?

Quoi qu’il en soit, il est de mise de saluer le chemin parcouru jusqu’ici par les conseillers de Chicoutimi. Lorsqu’ils ont rapatrié le dossier de l’Amphithéâtre +, présenté il y a un an presque jour pour jour par la mairesse Josée Néron, devant la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord, celui-ci était condamné à la déchiqueteuse. Rejeté en bloc par les élus de l’arrondissement Jonquière et accueilli avec peu d’enthousiasme par la population en général, le projet a finalement été placé sur les tablettes.

Puis, les citoyens ont été consultés et ont soumis des recommandations pour l’aménagement de l’ancienne zone ferroviaire.

Une telle démarche accouche rarement de constats unanimes. Plus souvent, une consultation ouverte comme celle sur l’avenir de ce site donne lieu à des idées éparses, incomplètes et diamétralement opposées. C’est un peu ce qui caractérisait les simulations retenues : trois visions distinctes du secteur.

Peu d’observateurs croyaient les élus de Chicoutimi capables de parler d’une seule voix et d’appuyer en chœur un projet. Contrairement à leurs six collègues de Jonquière, les Chicoutimiens n’ont pas réussi à former un groupe uni depuis l’élection de 2017, du moins en apparence. Peut-être cette saga marquera-t-elle le début d’une collaboration qui, inévitablement, sera bénéfique pour leur arrondissement, lequel tarde à annoncer des projets stimulants.