Daniel Côté
Le Quotidien
Daniel Côté
François Legault
François Legault

Un antidote au déclin

ÉDITORIAL / Moins de deux semaines avant les élections du 1er octobre 2018, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a promis de transférer 5000 emplois gouvernementaux à l’extérieur de Montréal et Québec. S’exprimant devant les membres de la Fédération québécoise des municipalités du Québec, il s’était accordé une fenêtre de dix ans pour s’acquitter de cet engagement.

C’est en misant sur le phénomène de l’attrition que le futur premier ministre comptait parvenir à ses fins. « On va y aller graduellement. Aucune personne ne sera forcée de plier bagage », avait-il déclaré.

Cette mesure devait toucher 1 % des 500 000 postes de fonctionnaires relevant de l’administration provinciale. Tous les ministères seraient invités à soumettre un plan afin d’atteindre cette cible qui lui semblait raisonnable.

Aucune des autres formations n’avait formulé une proposition aussi ambitieuse. Libéraux et péquistes disaient cibler quelques ministères, sans toutefois rejoindre le plateau des 5000 emplois. De toute manière, ces gens qui avaient exercé le pouvoir accusaient un déficit de crédibilité. Comment plastronner quand la plus grande réalisation des 20 dernières années, une initiative du gouvernement Charest, tient à l’ouverture du Bureau du Forestier en chef à Roberval ?

On ne saura jamais combien de citoyens ont voté en fonction de l’engagement pris par François Legault, mais le résultat du scrutin de 2018 fut éloquent. La CAQ a réalisé des gains spectaculaires en Mauricie, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans les Cantons-de-l’Est, en Outaouais et dans Chaudière-Appalaches, tout en établissant des têtes de pont en Abitibi-Témiscamingue et dans l’Est-du-Québec.

Fallait-il conclure que c’était dans la poche, l’histoire des 5000 postes ? Souscrire à cette idée aurait nécessité une forte dose de naïveté, puisque trop d’élections, dans un trop grand nombre de juridictions, ont démontré que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Il est si facile de les renier sans encourir de sanction. Tout au plus accroîtra-t-on le cynisme ambiant, un mal dont s’accommodent bien des politiciens.

Or, il y a un an, presque jour pour jour, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a pris la parole devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay–Le Fjord. Son discours ne portait pas sur le dossier des 5000 transferts, dont il n’a soufflé mot qu’à la suite d’une question posée par le préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, Gérald Savard. Celui-ci voulait savoir à quel moment l’engagement du parti au pouvoir serait honoré.

« M. Fitzgibbon a reconnu que la promesse avait été faite et que le commentaire reçu n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, sans plus », avait écrit le collègue Denis Villeneuve dans Le Quotidien.

Ça ressemblait à la stratégie employée jadis à Tchernobyl : éteindre le feu en lançant des sacs de sable sur le réacteur, avant de l’emprisonner dans un sarcophage de béton. L’absence de réaction dans notre région, depuis un an, laisse croire que la bétonnière se pointera sous peu.

Hormis un éditorial publié en janvier, dans les pages de ce journal, c’est en effet le silence radio. Pendant que les écologistes et les apôtres du développement se lancent des roches par BAPE interposé, on laisse le gouvernement tranquille, comme si nous n’étions pas concernés par le fléchissement démographique et le vieillissement de la population. Sur les 5000 emplois, pourtant, un bon nombre devraient aboutir chez nous. Des emplois bien rémunérés qui ne troubleraient la sérénité d’aucun béluga.

Chaque conseil municipal, chaque MRC, devrait porter ce dossier pendant qu’il en est encore temps. Peut-être que ces élus craignent de froisser les maîtres du moment, mais dans un an, c’est à eux qu’on demandera s’ils ont tout fait pour que cesse le déclin tranquille du Saguenay–Lac-Saint-Jean.