Un manifestant anti-armes se fait escorter à l'écart au palais de justice de Broward County, à Fort Lauderdale, où le suspect de la récente tuerie floridienne Nikolas Cruz a comparu.

Tuer, pleurer, prier, recommencer

ÉDITORIAL / Il y a eu, aux États-Unis, 22 tueries ayant fait 10 victimes ou plus, et elles sont toutes survenues depuis 1950. On en compte seulement deux pendant les 30 premières années.

Il y en aura six pendant les 20 années suivantes, entre 1980 et 2000. Et de 2000 jusqu’à aujourd’hui, il y en a eu 14, dont 9 depuis 2010 seulement. Les cinq plus meurtrières de cette liste macabre se sont toutes produites au cours des 10 dernières années.

Les armes ont infecté ce pays, comme un virus qui se propage, se multiplie et se transforme pour surmonter les obstacles dérisoires qu’on tente de lui opposer. Le problème, c’est que le pouvoir politique pense qu’il peut combattre les symptômes sans s’attaquer à la source de l’infection. Dans de telles conditions, le résultat n’est que trop prévisible.

Les «pensées et les prières» des élus américains — qui empochent par millions de dollars des contributions de la NRA — ont autant de pouvoir que des lampions qu’on faisait brûler pour contrôler une épidémie de variole, avant la découverte du vaccin qui a éradiqué la maladie.

Les sénateurs et les représentants au Congrès ont du sang sur les mains. C’est leur rôle d’établir des règles qui permettraient d’endiguer cette vague de violence. Leur lâcheté fait non seulement qu’elle s’accélère mais qu’elle n’en finit plus de s’aggraver.

Après Sandy Hook, les écoles ont mis en place des stratégies, elles procèdent à des simulations pour préparer les enfants et les enseignants à un scénario que personne ne veut imaginer. Qu’a fait le tueur de l’école Marjory Stoneman? Il a déclenché une fausse alarme d’incendie pour attirer les élèves hors des classes...

On assiste à un processus d’adaptation et de compétition, comme pour n’importe quel organisme, qui fait que, à défaut de mesures sévères de contrôle de la prolifération d’armes — et d’armes automatiques — la plaie continuera de s’infecter. La culture populaire américaine idolâtre les armes, qui représentent le vecteur dans lequel on canalise la colère, la frustration, la peur, la haine.

Même si la majorité de la population désire mettre un terme à cette folie, le deuxième amendement sert d’étendard au lobby pro-armes pour faire avorter toute tentative dans cette direction. Le fait que les armes sont associées à un droit constitutionnel empoisonne littéralement le discours politique et paralyse l’État.

Hier, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a déclaré qu’il ne fallait pas s’engager dans une discussion visant à «enlever les droits des citoyens, respectueux des lois... Nous devons tous respirer et examiner les faits».

Dans un pays où la loi interdit à l’État de financer toute recherche portant sur les dangers que posent les armes à feu, et les moyens de limiter ces dangers, il est impossible d’examiner les faits. Autant d’hypocrisie donne la nausée.

Et les parents des victimes ont toutes les raisons de mépriser celui qui siège à la Maison-Blanche. Le président Donald Trump a osé blâmer, sur Twitter évidemment, les «voisins et les camarades de classe» du tueur en leur faisant la morale. ils auraient dû, selon lui, rapporter les problèmes de santé mentale dont souffrait cet individu.

Voilà moins d’un an, ce président-là a signé un décret pour éliminer une mesure de l’administration Obama visant justement à éviter que les personnes souffrant de maladie mentale puissent mettre la main sur une arme à feu. Lui aussi a du sang sur les mains.