Trump, le religieux

ÉDITORIAL / Le président Donald Trump a été porté au pouvoir grâce aux chrétiens évangéliques blancs et on l’a vu prier avec des leaders religieux et des membres de son cabinet. Il se dit même fier d’être chrétien!

Or, il n’a rien d’un être religieux ou empathique et loge plutôt du côté des manipulateurs, des racistes et des fomenteurs de divisions.

Le pire est que tous le savent et semblent s’en accommoder ou refusent de le voir.

Rarement dans l’histoire contemporaine des États-Unis a-t-on vu un président instrumentaliser la religion de la sorte alors que son comportement, ses politiques et ses déclarations sont en totale contradiction avec les valeurs religieuses, qu’il s’agisse d’aider les personnes démunies, de s’opposer à la violence – militaire ou sexuelle –, d’accueillir les migrants ou de protéger la nature.

Il est certes habituel que les politiciens, du moins certains, utilisent la religion à des fins électoralistes et il est vrai que le Parti républicain s’affiche depuis des décennies comme le parti des valeurs traditionnelles et de la foi.

Mais la supposée ferveur religieuse de M. Trump n’est rien de moins qu’une escroquerie.

Et nul besoin d’avoir des convictions religieuses pour être choqué devant cette mascarade du président de la plus grande puissance mondiale.

Qu’il s’agisse de la politique interne des États-Unis, de la politique extérieure, de ses fameux tweets ou de son comportement envers les femmes, Donald Trump apparaît comme un fumiste qui cause un grand tort à son pays et à la communauté internationale.

Élu en bonne partie grâce à ses positions anti-immigrés, notamment contre les Mexicains qu’il a traités de criminels et de violeurs, et à sa promesse d’ériger un mur à la frontière des États-Unis et du Mexique, Donald Trump s’est même attiré des remontrances du pape François en campagne électorale.

Celui-ci avait alors estimé qu’ « une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne ».

Réponse du principal intéressé : « Qu’un leader religieux mette en doute la foi d’une personne est honteux (...). Je suis fier d’être chrétien et, comme président, je ne laisserai pas la chrétienté être constamment attaquée et affaiblie. »
Bref, M. Trump ne manque pas d’air!

Idem lorsqu’il a relayé sur son compte Twitter des vidéos anti-musulmans propagés par l’extrême droite britannique, un geste vertement dénoncé par la première ministre Theresa May.

Réaction du président américain à l’endroit de Mme May : « Ne vous concentrez pas sur moi, concentrez-vous sur le terrorisme islamique radical destructeur qui se produit au Royaume-Uni! »

Le président Trump manque aussi cruellement d’intelligence politique.

Sa reconnaissance de Jérusalem comme unique capitale d’Israël, une décision destinée à plaire aux chrétiens évangéliques américains, mais dénoncée par presque toutes les capitales du monde, est venue ruiner le peu d’espoir qu’il restait pour ramener la paix au Proche-Orient, éloigner encore plus les Palestiniens de leur futur État et mobiliser le monde musulman modéré contre Israël.

Le fait qu’il soit visé par plusieurs allégations de harcèlement sexuel remontant parfois jusqu’aux années 70 et qu’il se serait vanté en termes très crus, dans une vidéo datant de 2005, de pouvoir séduire les femmes grâce à sa célébrité, ne semble pas désarçonner ce « fier chrétien ».

Alors qu’une centaine de démocrates demandent une enquête du Congrès contre lui pour abus sexuels, M. Trump qualifie comme à son habitude ces allégations de « fausses nouvelles ».

Donald Trump apparaît de plus en plus comme un pyromane non seulement sur la scène internationale, mais également dans son pays où l’écart entre riches et pauvres ne cesse de se creuser, où la récente réforme fiscale va surtout profiter aux nantis, où des millions de citoyens n’ont pas accès aux soins de santé et où les frontières se ferment.