Tout est dans le +

ÉDITORIAL / La consultation populaire sur l’avenir de la zone ferroviaire de Chicoutimi bat son plein et, comme il fallait s’y attendre, certaines idées étonnantes commencent à émerger de cette réflexion collective. À la fin du processus, le conseil devra trancher, certes, et il y a bien des chances que leur décision ne fera pas l’unanimité. Néanmoins, l’exercice auquel il convie la population permettra non seulement aux élus de bonifier leur projet, mais il leur donnera également le temps de l’articuler et de le présenter convenablement.

Tous s’entendent pour dire que la présentation du projet Amphithéâtre +, le 21 août 2018, était une initiative précipitée et unilatérale de la mairesse Josée Néron. L’absence de la presque totalité des conseillers lors de l’événement témoignait, à elle seule, d’une démarche bâclée, à laquelle trop peu de gens adhéraient à l’époque. Sur le plan esthétique, la présentation était impeccable. Or, sans appui, dans un contexte politique et financier difficile, le projet dans sa forme initiale était voué à l’échec. Aussi a-t-il été mis sur la glace.

Or, ne dit-on pas que parfois, il est préférable de reculer pour mieux sauter ?

Comprenons-nous bien : l’idée de consulter la population pour justifier une décision politique ne doit pas devenir coutume. Le conseil a un mandat de gestion publique légitime, et il doit avoir le courage de s’acquitter de ce devoir sans recourir constamment à l’opinion publique. Mais dans ce cas précis, exceptionnellement, force est d’admettre que le processus est susceptible de porter ses fruits.

Parce que malgré tous les artifices, les animations numérisées et un discours inspiré, la mairesse Néron n’a pas été en mesure de définir clairement la partie la plus importante de son projet : le +.

C’est ce + que plusieurs citoyens et groupes tentent maintenant de démystifier. Il y a ceux qui jugent qu’une nouvelle patinoire doit être exclue du projet, comme le citoyen Jocelyn Robert, une personnalité bien en vue du monde culturel saguenéen qui, dans une lettre ouverte publiée jeudi, estimait qu’une salle de concert digne de ce nom serait plus appropriée.

L’argument se défend, surtout lorsque l’auteur évoque que « Saguenay possède la plus grande attraction culturelle hors des grands centres au Québec ».

Mais, parallèlement, il ne faudrait pas non plus que les élus actuels soient tentés de réparer l’erreur historique de 2005, alors que Saguenay avait l’occasion de dynamiser son centre-ville en y érigeant une salle de spectacle. L’ancien maire Jean Tremblay avait alors privilégié la rénovation de l’Auditorium Dufour, au Cégep de Chicoutimi. Ce qui est fait est fait, et il y a lieu de se demander si une salle destinée spécifiquement aux grands concerts serait le projet le plus structurant, dans la mesure où Saguenay dispose d’un éventail d’espaces voués aux spectacles, de toutes dimensions.

Cependant, en effet, le monde culturel doit être pris en compte dans les plans du futur amphithéâtre, à l’instar du domaine sportif et de celui des affaires.

En ce sens, Saguenay n’aurait-elle pas avantage à se doter d’un centre de congrès de haut calibre ? Cette idée fort intéressante serait présentement portée par un groupe dont les membres sont issus de tous les horizons.

L’éventuelle patinoire serait dotée de bandes amovibles et d’estrades rétractables de telle sorte que l’on pourrait y accueillir des événements majeurs, tel un salon de l’auto de calibre national. Ce type d’espace n’existe pas dans la région et serait un complément significatif à notre industrie touristique. Il pourrait aussi être le seul endroit au Saguenay–Lac-Saint-Jean où l’on pourrait présenter, à l’intérieur, des spectacles d’envergure, comme ceux qui sont produits à Québec ou à Montréal.

Mais bon, laissons à la population le temps de se prononcer via la consultation qui se déroule présentement. Sans doute, ensemble, serons-nous capables de mieux définir ce petit +, qui, greffé au mot « Amphithéâtre », fera toute la différence.