Josée Néron

Toujours la faute à Néron

ÉDITORIAL / Être dans les souliers de ceux qui s’abreuvaient aux mamelles de l’ancienne administration municipale de Saguenay, je jubilerais en feuilletant le dernier sondage réalisé par la firme Segma Recherche pour le compte de la station CKAJ FM 92,5. Tout y est pour espérer un retour en force à l’hôtel de ville. Et à deux ans et demi du prochain scrutin, il y a fort à parier que les stratèges de l’ère Jean Tremblay ont commencé à s’activer.

Sans détailler l’exercice qui se décline en dix questions, un constat général transpire de celui-ci : la cote de popularité de Josée Néron n’a jamais été aussi basse. À peine 40 % des répondants se disent satisfaits de son travail. Or, ce n’est pas là où le bât blesse. En réalité, ce qui est le plus préoccupant pour la mairesse en ce moment, c’est le fait que tous les sujets suscitant la grogne lui sont directement imputés. Sinon, comment expliquer que les membres du conseil obtiennent un taux de satisfaction de 60 % ? Même la controverse entourant la hausse du salaire des élus semble n’affecter que la mairesse. Or, n’a-t-elle pas renoncé à une prime de départ de 155 000 $ alors que tous les autres élus se sont accordé un meilleur salaire ?

Le fait est qu’en raison de son statut, Josée Néron est plus sévèrement critiquée que quiconque. Et c’est exactement ce qu’elle doit réaliser avant qu’il ne soit trop tard. Elle doit agir en fonction de ses intérêts puisqu’en bout de ligne, c’est elle qui devra payer pour les décisions impopulaires de la Ville.

Salaires des élus ? La faute à Néron. Hausse du compte de taxes ? La faute à Néron. Le bac brun ? La faute à Néron. L’amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi ? Le projet de Néron. Ira-t-on jusqu’à la rendre responsable des changements climatiques ? Sait-on jamais.

Pourtant, en juin 2018, un sondage Segma Recherche, pour le compte du Quotidien et de Radio-Canada, faisait état d’un taux de satisfaction avoisinant les 75 %. Comment expliquer une telle descente aux enfers, en l’espace d’à peine huit mois ?

Sans doute les gens déplorent-ils son manque de leadership ; qu’elle n’ait pas su imposer un esprit de corps au conseil. Les sorties publiques contradictoires de certains conseillers lui ont fait mal, notamment dans le dossier de l’amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi. Certes, sa stratégie était mal ficelée et elle a fait des erreurs, comme promettre une consultation publique sur le sujet en début d’année, alors que les citoyens n’avaient pas encore digéré leur hausse de taxes et l’augmentation de salaire des élus. Mais au-delà de tout ça, les gens aiment que leurs représentants se tiennent debout. Ils se rangent derrière ceux et celles qui donnent l’impression de savoir où ils vont. Les électeurs aiment être rassurés et, en ce moment, une majorité d’entre eux ont perdu foi en leur mairesse.

Alors, si vous étiez dans les souliers de ces personnes qui rêvent de reprendre le pouvoir, seriez-vous heureux de voir un tel sondage publié ? Non, vous seriez assurément aux anges.

Parce qu’en plus de démontrer la vulnérabilité de l’administration municipale, le sondage expose aussi la faiblesse de Dominic Gagnon, chef du Parti des citoyens de Saguenay.

Les proches de l’ancien régime savent depuis longtemps que le courant ne passe pas entre les électeurs et le médecin baieriverain. Malgré tous les efforts qu’il a déployés depuis sa défaite aux dernières élections, malgré l’impopularité de la mairesse et malgré la visibilité médiatique dont il bénéficie, Dominic Gagnon n’a pas su rallier le peuple à sa cause. À peine un tiers des répondants se disent satisfaits de son travail.

Ceux qui l’ont convaincu de prendre le relais au PCS, après le départ fracassant de Jean-Pierre Blackburn en pleine campagne, ne sont plus en situation d’urgence et ont tout le temps nécessaire pour choisir celui ou celle qu’ils souhaitent voir affronter Josée Néron. Et désormais, ils ont tous les arguments nécessaires pour placer leurs pions.