Serge Simard

Tomber dans le piège

ÉDITORIAL / La disparition d'une instance régionale de consultation, comme l'ancienne Conférence régionale des élus en 2015, recelait de toute évidence des pièges dans lesquels le Saguenay-Lac-Saint-Jean est tombé.
À l'époque, les «anti» structures ont applaudi très fort, sachant que les plus tonitruants ou encore les plus branchés sur le pouvoir (à Québec et Ottawa) se tireraient mieux d'affaire. En fait, des élus ont pris le pari suivant: on préfère parler nous-mêmes au gouvernement que de s'entendre, réfléchir et se concerter pour l'avenir de la région.
Tire-pois
Pour les observateurs et les tenants d'une cohésion, la scène politique régionale est devenue une arène. Bien malheureusement, une arène occupée par des élus qui font aller des tire-pois en lieu et place de canons! C'est typique du monde actuel: la philosophie des 140 caractères et du culte de la personnalité promue par l'avènement des réseaux sociaux ont remplacé tout le travail de réflexion avec les difficultés que cela comporte.
Les conséquences de l'absence d'un discours régional apparaissent maintenant au grand jour et pourraient coûter cher au Saguenay-Lac-Saint-Jean. N'allez pas croire qu'il s'agit de l'annonce de l'apocalypse - loin de là -, mais à tout le moins, il faut s'attendre à ce que les choses se compliquent. La région ne peut sortir gagnante de cette dynamique d'«au plus fort la poche».
Le déséquilibre passager des forces politiques entre le Lac-Saint-Jean et le Saguenay ajoute beaucoup au portrait. Et là, il faut bien comprendre les élus du Lac - et c'est normal - de vouloir tirer profit de la présence d'un premier ministre. Les difficultés de l'industrie forestière ont percuté l'économie du Lac qui a bien besoin de mesures de renforcement positif. Personne ne va contester cette réalité. Mais il reste qu'au Saguenay, le député Serge Simard, en dépit de toute sa bonne volonté, ne fait pas contrepoids.
Certains, un tantinet jovialistes, oseront dire que la Table des préfets existe et qu'il lui revient d'harmoniser le discours régional et de discuter des grands enjeux. Après deux ans, certes, la Table a réussi de bons coups, mais de là à affirmer qu'elle est porteuse des revendications de la région, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir.
Plus personne ne porte les grandes idées de la région et les élus sont plutôt préoccupés par l'instantané quand ce n'est pas par l'échéance des prochaines élections! Il faut le reconnaître, les gens se parlent encore et toujours et l'entente sur la gestion des matérielles résiduelles montre qu'il y a de l'espoir. Mais en revanche, le tiraillement gagne du terrain parce que les velléités n'ont plus à passer le filtre d'une instance.
Ce manque de cohésion va s'accentuer en 2017 et fait partie des dangers qui guettent la région. Déjà que l'économie apporte son lot de difficultés, surtout de la part des deux grandes industries, l'aluminium et la forêt, en raison du contexte mondial, pour un, et continental, pour l'autre, a-t-on besoin de se tirer dans le pied?
Chicane
Au cours des derniers mois, la région a été le théâtre d'une compétition pas toujours saine dans le but d'attirer des entreprises, comme ce fut le cas de Métaux BlackRock. Des municipalités du Lac avaient amorcé certaines démarches, mais ont vu le tapis leur glisser sous le pied après l'annonce de l'implantation, à Saguenay, d'une usine de transformation. La déception a été grande, ça se comprend, mais au point de penser qu'il aurait été plus approprié de choisir une municipalité du Lac quitte à diriger par la suite le métal vers le port de Trois-Rivières, il semble que ça défie l'entendement.
Comme il serait surprenant que le gouvernement du Québec fasse marche arrière sur la dissolution des instances de consultation, il va falloir que la région se montre plus inventive et créative qu'elle ne l'est actuellement, sinon, elle sera réduite à se chicaner pour des miettes.