Sur quelle planète vivons-nous ?

ÉDITORIAL/ Il n’y a qu’à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay que de telles aberrations se produisent : une centaine de personnes, du milieu de l’éducation par surcroît, se déplacent en masse pour offrir une ovation à une femme déclarée coupable sur toute la ligne de harcèlement psychologique. Et cette dernière qui accueille fièrement les encouragements, avant d’ajouter sans gêne qu’elle gardera la tête haute malgré les quelque 2 millions de dollars que son entêtement aura coûté aux contribuables de Saguenay. Une apologie incroyable de tout ce que nous dénonçons depuis des années, à savoir l’intimidation, l’abus de pouvoir et l’usage injustifiable des deniers publics. Mardi soir, la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay a été le théâtre d’un spectacle misérable, où des adultes supposément responsables ont choisi de troquer leur uniforme de professionnels pour le costume de l’Arlecchino, ce bouffon issu de la commedia dell’arte.

Faut-il rappeler à ces enseignants et autres employés de l’organisation que le jugement prononcé par le juge Guy Roy ne laisse place à aucune interprétation ? Et cela, peu importe ce qu’ils pensent de la cause et de ses principaux acteurs.

Ont-ils seulement pris le temps de le lire ? 

Faut-il dire à toutes ces personnes que notre société ne tolère plus les écarts en matière de harcèlement psychologique au travail ? Que nous n’applaudissons pas les intimidateurs ? Que nous n’endossons plus les agissements susceptibles de ruiner la vie d’une personne ?

Surtout, devons-nous rappeler à ces individus qu’on présume, pour la plupart, bacheliers ou maîtres, que nous vivons dans une société de droit et que la présidente de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay a été sévèrement blâmée au terme d’un procès au cours duquel la preuve a démontré que la présidente Liz S. Gagné a agi de façon déraisonnable à l’égard de sa directrice générale, Chantale Cyr ?

Faut-il leur rappeler que cette dernière a tenté de mettre fin à ses jours et subit encore les conséquences des pressions qui ont été exercées sur elle ?

Et d’ailleurs, où étaient-ils, tous ces gens, lorsque l’affaire était débattue en cour ? Pourquoi n’ont-ils pas été appelés à la barre des témoins afin de défendre leur présidente, qui était représentée par un contentieux à qui, rappelons-le, la commission scolaire doit aujourd’hui plus de 600 000 $ en honoraires ? En passant, c’est plus que le double de ce que réclame le procureur de Chantale Cyr, Me Éric Lebel…

Ce chapitre fait penser à un mauvais épisode d’une mauvaise série, où les érudits se métamorphosent en gueux animés de haine, qui échangent leur plume pour une fourche. 

Détestent-ils à ce point leur directrice générale ? Et si oui, pour quelle raison ? Nous attendons toujours que leur récit soit entendu et pesé par un tribunal. Mais d’ici là, leur position n’est rien de plus qu’un cri vindicatif et littéralement injustifié.

Ce qui dérange le plus dans cette histoire, c’est que ces mêmes personnes qui ont acclamé la présidente Liz S. Gagné, mardi soir, sont celles qui accompagnent nos enfants dans leur développement académique et qui leur inculquent le savoir, le jugement et le respect d’autrui et que leur jugement ne peut se substituer à un tribunal. Ce sont aussi ces enseignants qui doivent trancher lorsque les plus vulnérables de la société sont soumis à l’intimidation et au harcèlement. 

Devons-nous leur rappeler, encore une fois, que personne ne mérite le sort qui a été réservé à Chantale Cyr, laquelle a été condamnée sur la place publique sans fondement ; laquelle a été congédiée illégalement alors qu’elle était en arrêt de travail ; laquelle a été remplacée cavalièrement en pleines procédures judiciaires ; laquelle a remporté sa cause de façon incontestable devant un magistrat légitime et expérimenté ? 

Non, mais sérieusement, ce matin, il y a lieu de se demander sur quelle planète nous vivons…