Stéphan Tremblay

Stéphan Tremblay, le bien et le mal

ÉDITORIAL / En s'adjoignant l'ex-député Stéphan Tremblay comme responsable des relations avec les communautés, GNL Québec se dote d'un porteur de dossier crédible, aux valeurs environnementales indéniables. En entrevue éditoriale, le principal intéressé admet avoir réfléchi longuement avant d'accepter l'offre de son nouvel employeur et ainsi endosser un projet qui s'appuie sur l'exploitation du gaz naturel liquéfié, une source d'énergie fossile qui est loin de faire l'unanimité au sein de la population.
Comme porte-étendard, GNL Québec ne pouvait trouver meilleur candidat. Stéphan Tremblay a été l'un des premiers propriétaires de véhicule hybride au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une Honda 2003 qu'il conduit encore aujourd'hui. Il détient une maîtrise en développement régional avec spécialisation en bioénergie, et vient à peine de compléter une seconde maîtrise en administration des affaires (MBA). Au début des années 2000, alors qu'il était porte-parole du Parti québécois en matière d'environnement, il s'est vivement opposé au projet de centrale thermique du Suroît, lequel, finalement, ne s'est jamais concrétisé. En raison de ses actions passées, tant en politique qu'en affaires, il aurait été moins surprenant de le voir intégrer une organisation telle Greenpeace.
Déjà hier, sur les réseaux sociaux, plusieurs lui reprochaient d'avoir vendu son âme, d'avoir tourné le dos à ses valeurs. Imposteur... Opportuniste... Pourquoi tant de mépris, tant de colère? Pourquoi tous les débats le moindrement controversés prennent-ils des allures de spectacle de lutte, où il y a le clan des bons et celui des méchants?
Sur le plan de l'image, il est évident que GNL Québec entend capitaliser sur la notoriété de l'ancien député péquiste pour faire valoir le bien-fondé de sa démarche. Par contre, la direction de l'entreprise sait pertinemment qu'elle ne pourra lui enfoncer dans la gorge des principes auxquels il n'adhère pas, sous peine de le voir claquer la porte... sa chaise à la main.
Un pont à construire
D'un point de vue économique, le projet de GNL Québec suscite de grandes attentes au Saguenay-Lac-Saint-Jean: des investissements de 7,5 milliards de dollars, un vaste complexe de liquéfaction du gaz naturel et un quai sur la zone industrialo-portuaire de Grande-Anse. Surtout, Énergie Saguenay laisse présager des emplois de qualité dans une région qui en a désespérément besoin.
Il y a toutefois un autre côté de la médaille. Sur le site Mauvaiseherbe.ca, le président-fondateur de l'organisme saguenéen Boréalisation, Philippe Dumont, signe quelques chroniques bien documentées sur le sujet. La plus récente, datée du 14 décembre dernier, fait état de la manutention du gaz liquéfié par bateau, via le fjord du Saguenay, et expose les dangers potentiels qui sont reliés cette activité, notamment le risque d'incendie en cas de fuite. Dans une autre analyse, datée du 18 novembre celle-là, il insiste sur la volatilité des prix du gaz naturel et émet de sérieux doutes quant à la rentabilité potentielle du projet.
Il revient à Stéphan Tremblay de construire un pont entre les opposants et les promoteurs, qui souhaitent avoir toutes les autorisations nécessaires en 2019. Or, il ne pourra miser uniquement sur sa réputation et ses talents de communicateur. Il devra s'armer d'une connaissance pointue du projet et maîtriser à la perfection tous les aspects techniques qui s'y rattachent. Ce dernier est attendu de pied ferme, notamment par ceux qui, incapables de nuances, ne voient en ce projet qu'un affrontement entre le bien et le mal. L'ancien député sera-t-il en mesure d'apporter quelques teintes de gris à leur réflexion, dans l'optique de réconcilier une fois pour toutes les trois grands piliers du développement durable que sont l'environnement, l'économie et la dimension sociale?
S'il n'y parvient pas, il y a lieu de se demander qui sera en mesure de le faire.