Mercredi, les députés Sylvain Gaudreault, Alexandre Cloutier et Mireille Jean, du Parti québécois, ont présenté leur projet de plateforme de concertation régionale. Sur la photo, Mme Jean est en compagnie du syndicaliste Engelbert Cottenoir.

Se redonner une voix forte

ÉDITORIAL / Depuis l’abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ), décrétée par Québec en novembre 2014, le Saguenay-Lac-Saint-Jean se cherche une voix, qui parlera en son nom auprès des plus hautes instances gouvernementales. Il y a bien eu la création de la Table des préfets, renommée plus tard Table des élus, mais cette instance dirigée par quelques maires n’est qu’une mince compensation qui ne peut prétendre à un rôle de véritable représentant régional. Dans le contexte où la région tente tant bien que mal de se redéfinir, sur le plan économique comme dans tout autre aspect de son identité, il est urgent de se doter d’une organisation solide qui agira comme gardien de nos intérêts supérieurs.

Mercredi, les députés Sylvain Gaudreault, Alexandre Cloutier et Mireille Jean, du Parti québécois, ont présenté leur projet de plateforme de concertation régionale, une entité susceptible de remplir le vide laissé par la disparition des CRÉ. Leur plan a d’autant plus de poids qu’il a été élaboré de concert avec 25 acteurs influents du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont la mairesse Josée Néron et les députés fédéraux Richard Hébert (PLC) et Karine Trudel (NPD). D’ici une semaine, une quinzaine de personnes seront nommées au sein d’un comité de travail, qui sera totalement indépendant nous dit-on. Les instigateurs souhaitent que le groupe soit composé de représentants issus de différents secteurs, « dont l’économie, la culture, la santé, l’éducation, l’économie sociale, les Premières nations, le communautaire, le syndicat, les jeunes et la recherche ». 

Il était temps

Cette initiative aboutit juste à temps pour la saison électorale, et elle sera sans doute ramenée en campagne telle une réalisation des députés péquistes. Mais au-delà de la partisanerie et des considérations politiques, il faut saluer cette démarche qui, dans un monde idéal, aurait dû être mise en branle par le milieu, dès l’instant où le gouvernement Couillard a signé l’arrêt de mort des CRÉ. 

Le fait que le caucus régional du PQ se soit approprié ce dossier témoigne en effet d’un manque criant de leadership dans la région. Sous la direction du maire Jean Tremblay, Saguenay s’était isolée, se distançant de sa responsabilité de capitale du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’implication de Josée Néron dans cette réflexion est cependant de bon augure pour les communautés moins bien nanties du territoire. La mairesse a d’ailleurs mentionné, à maintes reprises depuis son élection, qu’elle comprend le rôle de locomotive que doit jouer la principale ville en importance.

Contrairement à la Table des préfets, qui s’est toujours opposée à la participation de la société civile, il est crucial que la plateforme de concertation régionale proposée par les députés péquistes soit animée par une collaboration élargie, qui ne se résume pas à un dialogue d’élus. 

Leader recherché

Il faut par ailleurs que son porte-parole soit une personne forte et respectée, capable d’imbriquer les intérêts de tous telles les pièces d’un même casse-tête. Bref, un leader efficace, crédible et surtout, indépendant des paliers municipal, provincial et fédéral. Souvent, c’est lorsqu’on perd un acquis qu’on se rend compte de sa réelle importance. Les dernières années ont permis de constater le rôle que jouait la CRÉ dans le développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean. La tenue d’assemblées publiques permettait aux citoyens de prendre connaissance des dossiers de leur région et de manifester leurs préoccupations afin que celles-ci soient portées jusqu’à Québec. 

Peut-être l’éventuelle plateforme de concertation régionale deviendra-t-elle cette vigile indépendante et légitimée, indispensable en démocratie, et qu’elle permettra au Saguenay-Lac-Saint-Jean de retrouver une voix puissante auprès des décideurs. 

L’heure est venue de réparer les pots cassés, en espérant que cette belle démarche ne s’essoufflera pas au lendemain du scrutin provincial d’octobre prochain.