Douze ans après la fusion, le nom Saguenay ne fait toujours pas l'unanimité. Pour plusieurs, le sujet demeure encore très sensible.

Saguenay: un nom sensible

Douze ans après la fusion, le nom Saguenay ne fait toujours pas l'unanimité. Pour plusieurs, le sujet demeure encore très sensible. En témoigne quelques réactions plutôt vives, principalement dans les médias sociaux, qui ont suivi la publication, dernièrement, dans le Progrès-Dimanche, d'un texte relatant les débuts de la nouvelle campagne de souscription initiée par le Mouvement Chicoutimi-Saguenay. Mais, le sujet a beau être toujours sensible et émotif, il n'est néanmoins pas, actuellement, une priorité pour l'ensemble de la population. Un constat dont les élus concernés, tant municipaux que provinciaux, doivent prendre acte.
SondageEn novembre 2011, un sondage Segma réalisé pour le compte du Quotidien afin de marquer les dix ans du décret ayant présidé la création de Saguenay révélait que 70% des citoyens de la capitale régionale jugeaient non pertinent de rouvrir le débat sur le nom, un score très net. Fait encore plus intéressant, à l'époque, 57% des Chicoutimiens étaient du même avis, une donnée hautement significative puisque c'est sur le territoire de cet arrondissement que le choix du toponyme Saguenay avait suscité le plus de controverse. Et parce que le choix de «Saguenay» signifiait du même coup la fin du règne de celui de Chicoutimi pour représenter la «grande ville» de la région, une appellation figurant sur les cartes depuis les années 1660.
Sans surprise, les résultats du sondage révélaient également que les citoyens des arrondissements de La Baie et de Jonquière se rangeaient massivement derrière le choix de Saguenay.
Deux ans après ce coup de sonde, il n'y a pas de raison de croire que les réalités mesurées par Segma à l'époque aient significativement évolué. Au contraire, le temps faisant son oeuvre, on peut légitimement croire que les appuis au nom Saguenay ont cru et se sont davantage cristallisés. D'ailleurs, le débat concernant l'appellation de la capitale régionale ne s'est jamais immiscé dans les discussions ou au travers des activités ayant entouré la célébration, l'an dernier, des Fêtes du 175e anniversaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, alors que l'occasion pour ce faire était belle.
Sur le plan historique, la disparition du nom de Chicoutimi au profit de Saguenay constitue sans doute une perte importante. Chicoutimi fut le tout premier lieu de colonisation de la région, le tout premier point de rencontre et d'échanges permanent, au «Royaume», entre les premiers Européens et les Autochtones. Sur le plan pratique, il est vrai que le nom Saguenay porte parfois, à l'extérieur, à confusion avec l'appellation de la région et de la sous-région, d'abord, puis avec la rivière, voire avec le fjord. Cependant, il convient de saluer les efforts de l'administration municipale d'une part, et des citoyens et des principaux médias, d'autre part, pour conserver bien vivant les noms des anciennes villes ayant formé la capitale régionale, que soit dans la dénomination des arrondissements ou dans celui des secteurs tels Shipshaw, Laterrière ou Lac-Kénogami. Dans cette perspective, le nom actuel de la grande ville ne cause pas de problème majeur pour la population.
Il est légitime et sain que des historiens comme Russel-Aurore Bouchard ou des groupes comme le Mouvement Chicoutimi-Saguenay continuent à militer pour leur cause. Tout est question de contexte et de bon dosage. En ce début d'année, la région doit d'abord chercher à se serrer les coudes, à se montrer solidaire et à travailler de concert afin de jeter les fondations de nouvelles bases économiques. Les défis de la création d'emplois, de la diversification et du vieillissement de la population demeurent criants. Les solutions qui seront apportées à ces réalités dicteront de quoi aura l'air le Saguenay-Lac-Saint-Jean de demain. Dans cette perspective, le débats sur le nom de Saguenay apparaît plus accessoire. Davantage comme une source de distraction. Ce qui ne veut pas dire que le dossier ne reviendra pas, un jour, au coeur de l'actualité, lorsque la région aura repris son erre d'aller économique d'antan. Alors, à tête reposée, avec le recul et moins d'émotivité, il sera toujours temps de réfléchir et de tirer des leçons de la riche histoire du Royaume. Et collectivement, de décider si les justifications politiques qui ont présidé au choix de Saguenay à l'époque doivent être revues et corrigées.