Saguenay paye sa carte de crédit

ÉDITORIAL / La mairesse Josée Néron a fait adopter mercredi son premier budget, un exercice financier conservateur et responsable. Elle aurait sans doute préféré annoncer de grands projets, parler de prospérité, entamer son mandat avec un gel de taxes. Or, cela lui était impossible puisque trop longtemps, les Saguenéens ont fait l’épicerie sur la carte de crédit.

Avec une dette qui dépasse le demi-milliard de dollars, en incluant les cautionnements de Promotion Saguenay sous le règne de Jean Tremblay et de Ghislain Harvey, Saguenay n’a plus d’autre choix que de se serrer la ceinture. Le citoyen résidentiel, comme le commerçant ou l’industriel, devront tous mettre l’épaule à la roue dès 2018 pour redresser la barque et assurer le maintien des services municipaux à long terme. Ainsi, pour le propriétaire d’une maison évaluée à 207 000 $, le compte de taxes augmente de 102 $, une somme qui inclue des frais de 30 $ pour l’eau, les égouts et la collecte des matières résiduelles. Globalement, l’augmentation du compte de taxes est donc de 4,1 %. 

Évidemment, aucun citoyen ne souhaite payer davantage, surtout à une époque où la valeur marchande des résidences est souvent inférieure à son évaluation foncière. Par contre, les explications de Josée Néron et du conseiller municipal Michel Potvin, responsable des affaires financières à la Ville, sont suffisantes pour comprendre qu’une telle hausse était inévitable. Trop de poussière a été balayée sous le tapis ; trop de dépenses réalisées arbitrairement, sans autre contrôle que l’approbation de l’ancien maire ou de ses plus proches collaborateurs. Et c’est justement là que le budget 2018 se distingue. Le premier exercice de la mairesse Néron marque le début d’une gestion plus saine des fonds publics. Manifestement, il était grand temps que les choses changent.

Finis les chèques en blanc

Une gestion plus serrée ne peut se traduire que par un plus grand contrôle des dépenses. Aussi Josée Néron a-t-elle radié l’enveloppe discrétionnaire de quelque 4 millions de dollars que s’était octroyée son prédécesseur. Elle a aussi retiré 1,1 million de dollars du budget de Promotion Saguenay, de l’argent qui était destiné aux dons de toutes sortes. Dorénavant, toutes les sommes allouées aux organismes subventionnés seront d’abord soumises à une grille d’évaluation, puis approuvées par le conseil. Finis les chèques en blanc et les subventions remises de gré à gré, selon l’humeur du maire ou des dirigeants de Promotion Saguenay. Même les organisations bénéficiant d’un loyer gratuit devront justifier leurs besoins avant d’obtenir l’aide de l’hôtel de ville. 

La centralisation des dons et subventions met un terme à une structure sans queue ni tête, où il était possible d’obtenir des fonds auprès de cinq sources différentes : les conseillers, les arrondissements, Promotion Saguenay, l’exécutif et la Ville. Bref, « la fête est terminée », pour reprendre les termes du conseiller Michel Potvin. 

Rien à cacher

Ceux qui n’ont rien à cacher ne craignent ni la transparence, ni les questions des médias. Mercredi, Josée Néron s’est présentée devant les journalistes, à huis-clos, afin d’expliquer en long et en large son budget, quelques heures avant que celui-ci soit adopté par le conseil. Les paliers de gouvernements supérieurs font de même lorsqu’ils dévoilent leur exercice budgétaire respectif.

Cette façon de faire, aux antipodes de celle que préconisait l’ancienne administration municipale, a permis aux membres de la presse de prendre connaissance des documents, de les analyser et surtout, de mieux les comprendre avant de transmettre leur contenu aux citoyens.

Comme tous les maires avant elle, Josée Néron vivra sans doute des moments plus difficiles. Certaines de ses décisions seront critiquées, et jamais elle ne fera l’unanimité. Par contre, il lui a fallu à peine quelques semaines pour changer complètement le visage de l’hôtel de ville, et ça, personne ne pourra jamais le lui enlever.