Saguenay n’est pas au bout de ses peines

ÉDITORIAL / Dans la foulée des informations révélées par notre journaliste Mélanie Côté, cette semaine, concernant le budget 2020 de l’administration de Josée Néron, un élément a particulièrement retenu l’attention, soit que le compte de taxe des contribuables respectera l’inflation de 2,3 %. Après des hausses successives de 4 % chacune, au cours des deux derniers exercices financiers, il est compréhensible que ce point ait pratiquement éclipsé tout le reste. Or, lorsqu’on s’attarde davantage sur les détails publiés dans notre édition de mercredi, il ne fait aucun doute que Saguenay est dans une situation fort inquiétante.

D’abord, la capitale régionale n’est visiblement pas en mesure de réduire sa dette, laquelle s’élevait à 438 millions de dollars à la fin de la dernière année fiscale. Celle-ci grimpera encore en 2020, alors que continueront de s’effriter le réseau routier et le parc immobilier de la Ville. Impossible d’être insensible à la progression fulgurante de cette dette, entre 2007 et 2017, alors qu’elle est passée de 150 millions à plus de 400 millions de dollars. Et dire que pendant tout ce temps, l’ancienne administration se faisait réélire sans cesse en promettant des gels de taxe. Saguenay a roulé carrosse sans jamais se soucier de l’avenir, mais aujourd’hui, c’est l’inévitable lendemain de veille qui se manifeste, dans une ville à la population vieillissante. Et le pire dans tout cela, c’est qu’il n’existe aucune solution à moyen terme, sinon celle de taxer encore davantage les citoyens ou de couper dans les services essentiels. Mais, de telles mesures ont leurs limites.

L’administration actuelle a bien tenté, cette année, de réduire ses dépenses dans la fonction publique via un plan de rationalisation. La cible imposée par le responsable des finances, le conseiller Michel Potvin, a été fixée à 5,2 millions de dollars. Cependant, les efforts déployés dans les différents départements de Saguenay n’ont permis d’atteindre que la moitié des économies escomptées.

Bref, les prochaines années ne seront pas faciles à Saguenay. Surtout qu’en 2020, la Ville ne prévoit à peu près aucune dépense pour ses projets majeurs, notamment le centre multisport de Jonquière, la bibliothèque de La Baie, l’aménagement du site de la Rivière-aux-Sables et l’éventuelle transformation de la zone ferroviaire de Chicoutimi. Il y a lieu de se demander comment le conseil entend remplir ses engagements, qui se calculent en dizaines de millions de dollars. Pour l’instant, ces projets sont inscrits au plan triennal d’immobilisations et ne coûtent presque rien, mais tôt ou tard, il faudra inévitablement délier les cordons de la bourse pour qu’ils se concrétisent.

Il y a lieu, également, de se poser des questions sur la capacité de Saguenay d’entretenir et d’améliorer ses infrastructures. Cette année, le conseil aurait choisi d’investir 18 millions de dollars pour rafraîchir ses routes, soit deux fois plus qu’en 2019. Mais avec l’explosion des prix de construction, dans quelle mesure une telle dépense aura un impact réel sur l’état du réseau ?

Le budget qui sera présenté à la population, le 18 décembre prochain, sera celui d’une administration qui peut se compter chanceuse d’avoir accueilli des investissements d’une cinquantaine de millions à la Base militaire de Bagotville, la seule source significative de nouveaux revenus cette année.

Mais tout laisse croire qu’encore une fois, Saguenay ne s’épanouira pas au rythme des autres grandes villes du Québec, que les maisons peineront à prendre de la valeur, que la dette poursuivra sa croissance effrénée, que les bâtiments municipaux continueront de s’effriter…

C’est la triste réalité lorsqu’une administration municipale préfère gérer de façon responsable plutôt que d’anesthésier la population en remplissant impunément la carte de crédit.