Saguenay, mets-toi belle !

ÉDITORIAL / La situation décrite par la journaliste Patricia Rainville dans notre édition de vendredi, concernant l’état lamentable des lieux à la Zone portuaire de Chicoutimi, ne peut laisser quiconque insensible. Surtout pas les conseillers municipaux, dont l’une des tâches premières est de faire en sorte que leur ville soit propre et invitante, particulièrement à l’aube de la saison estivale. N’y a-t-il pas moyen d’administrer les fonds publics de façon serrée sans pour autant faire figure de pauvres et de négligents aux yeux de tous les citoyens et les touristes ?

Saguenay est la capitale du Saguenay–Lac-Saint-Jean ; la locomotive économique de sa région. Elle est l’une des principales villes du Québec, et les attraits qu’elle propose sont de calibre national, voire international. Dans les prochaines semaines, ils viendront de partout pour vivre au rythme de ses festivals et découvrir ses périphéries. Ils séjourneront dans la grande ville avant de prendre le chemin du Lac-Saint-Jean. Puis, ils reviendront quelques jours avant de repartir.

Ces gens d’ailleurs dont il est question, voulez-vous réellement les inviter sur une Zone portuaire délabrée ou au parc de la Rivière-aux-Sables, avec son bassin asséché et ses drapeaux en lambeaux ? N’êtes-vous pas gênés, messieurs et mesdames les conseillers, de voir la nouvelle statue Polaris, érigée au carrefour giratoire du boulevard Talbot, entourée de foin et de pissenlits ?

Il y a de ces choses qui sont non négociables lorsqu’on administre une ville, et la voirie en est une. C’est à travers celle-ci qu’on projette l’image d’une société fière et soucieuse de son apparence générale.

Il sera toujours facile de trouver des raisons. Le conseiller Michel Tremblay évoque notamment le manque de main-d’oeuvre étudiante. D’autres élus, comme Simon-Olivier Côté, préfèrent tout simplement jouer à l’autruche, s’enfouir la tête dans le sable et prétendre que tout est beau.

Or, ces personnes qui gèrent la destinée de la ville ne sont pas payées pour identifier la source d’un problème, mais pour trouver et appliquer des solutions.

Attendre la publication d’un reportage pour expédier un mémo aux employés de la ville, leur demandant d’aller tondre la pelouse avant que les caméras arrivent, est nettement insuffisant. C’est même insultant pour le citoyen, qui, lui, doit respecter l’échéance de son compte de taxes municipales, année après année, sous peine d’être chargé d’intérêts et de pénalités.

Il est toujours périlleux de faire des comparaisons dans ce genre de dossier, car plusieurs facteurs doivent être tenus en compte, mais pendant que Saguenay fait la manchette avec ses platebandes défraîchies, Alma accumule les honneurs provinciaux pour ses décors fleuris et le soin qu’elle accorde à son image.

Comment expliquer un tel paradoxe entre les deux villes ?

La vision, peut-être. Cette même vision qui permet aux élus de voir venir les problèmes et de s’assurer qu’ils ne se matérialisent pas.

Cette vision qui aurait sans doute fait en sorte que le parc pour enfants de la Zone portuaire de Chicoutimi n’aurait pas été désinstallé, mais remplacé cet été par un parc moderne et multigénérationnel.

Si une localité comme Saint-Henri-de-Taillon est en mesure de se doter d’une telle infrastructure, comment expliquer que Saguenay en soit incapable ?

Mais, à défaut de vision et de planification, les Saguenéens pourraient-ils au moins s’attendre à des tondeuses en quantité suffisante et des fleurs aux quatre coins de la ville, surtout dans les endroits au fort potentiel touristique ?

L’été s’amorce. Saguenay, il est encore temps de changer tes drapeaux usés, de réparer tes fontaines et de t’habiller de mille et une couleurs ; il est encore temps de te mettre belle.