Saguenay doit collaborer

ÉDITORIAL / Quand tout le monde parle en même temps, on en vient à perdre le fil des discussions ; à mélanger les choses. Aussi est-ce dans ces moments de cacophonie que nous risquons le plus de mal interpréter un propos ou l’intention qu’il véhicule. Et c’est un peu ce qui se passe en ce moment dans le débat entourant la position de Saguenay en regard des grands projets industriels.

Par où commencer ? D’abord, il est rassurant de voir une portion de la population saguenéenne prendre la peine de se déplacer, un soir de semaine, pour porter le message écologique ; des personnes animées, pour la plupart, d’un discours articulé et clairement étoffé. Parce que personne ne peut prêcher contre la vertu : aucun projet industriel ne devrait être soutenu par les élus de façon aveugle et inconditionnelle. Il est également crucial de demeurer sceptique, curieux. Bref, les élus qui nous représentent ne doivent en aucun cas être obnubilés par la prospérité au point de sacrifier tout le reste, y compris l’environnement. Et il n’y aura sans doute jamais trop de chiens de garde pour leur rappeler ce devoir.

Par contre, dans le cas de la résolution d’appui aux grands projets adoptée mardi soir par le conseil de ville de Saguenay, il est difficile de reprocher aux élus d’être dupes ou de s’être laissés étourdir par le chant des sirènes. En fait, comme l’a indiqué la mairesse Josée Néron, Saguenay a la responsabilité d’accompagner tout citoyen corporatif susceptible de s’établir sur son territoire. Encore plus lorsqu’il s’agit d’un promoteur de l’envergure de GNL Québec, qui propose l’un des plus importants projets privés de l’histoire du Québec. Agir autrement, quel que soit le motif, serait inacceptable.

Or, qui dit accompagner ne dit pas nécessairement endosser un projet envers et contre tous. Bien que la résolution ait été votée à l’unanimité moins un, il n’y a aucune raison de croire que le conseil municipal se rangerait derrière un projet qui ne passe pas le test du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Il appartient à cette structure de statuer sur l’acceptabilité d’un projet, de le soumettre à une analyse exhaustive et de recommander les ajustements nécessaires, s’il y a lieu. Le mécanisme d’approbation imposé aux entreprises qui souhaitent s’implanter au Québec est rigoureux et il tient compte de chaque dimension du développement durable.

De tous les conseillers, seul le Jonquiérois Kevin Armstrong s’est objecté à la résolution, après avoir précisé qu’il ne s’oppose pas systématiquement aux grands projets. Essentiellement, le malaise du conseiller Armstrong réside dans le fait qu’il refuse d’être lié à un contrat ; qu’il refuse de devoir appuyer tous les futurs projets conséquemment à l’adoption d’une telle résolution. Nous devons respecter la position de Kevin Armstrong. D’abord parce qu’il faut une certaine dose de courage pour jouer les moutons noirs au sein d’un groupe d’élus. Mais surtout, parce que ce refus d’entériner la résolution démontre un fait indéniable : il y a présentement, dans ce débat, un amalgame de perceptions et d’incompréhensions. L’émotion est vive et tous marchent sur des oeufs. Des arguments identiques sont mis de l’avant, mais à l’intérieur de phrases qui donnent l’apparence d’être en contradiction. Pourtant, à des niveaux distincts, la grande majorité des intervenants souhaitent la même chose : que les grands projets respectent des critères très stricts en matière de développement durable.

Le promoteur a été honnête jusqu’ici. Il a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées et a organisé des séances d’information publique sur le territoire régional. Aussi, à moins que son projet présente des failles manifestes ou qu’il soit démontré que sa démarche est malveillante, que pouvons-nous attendre de la Ville, sinon qu’elle se montre accueillante et collaborative ?