Saguenay, c’est aussi Laterrière

ÉDITORIAL / Michel Potvin se serait sans doute senti tel un poisson dans l’eau s’il avait été dans l’autre clan, lundi soir, parmi les citoyens de Laterrière qui contestent leur compte de taxes. Or, l’agriculteur n’est plus un militant, mais un politicien, ce qui implique qu’il doit apprendre à peser chacun de ses mots. Par exemple, en affirmant que la Ville n’augmenterait plus les taxes au-delà du taux d’inflation, il s’est non seulement lié les mains, mais il a également engagé la mairesse Josée Néron et, par extension, l’ensemble du conseil de Saguenay pour le reste de l’actuel mandat. Espérons qu’il n’aura pas à revenir sur sa parole...

Ce n’est toutefois pas sa déclaration la plus lourde de conséquences.

Pour une rare fois depuis la fusion de 2002, un élu municipal offre ouvertement à la population de revenir en arrière. Il faut, certes, comprendre le contexte dans lequel ces mots ont été prononcés. Le conseiller Potvin répliquait ainsi à ses interlocuteurs les plus acerbes. Il n’en demeure pas moins que ses paroles donnent de la matière aux partisans d’une éventuelle défusion de Saguenay. Et malgré les années qui se sont écoulées, il s’en trouve encore plusieurs, dans l’un et l’autre des arrondissements, qui seraient favorables à un tel dénouement. À preuve, selon l’article signé par notre journaliste Pierre-Alexandre Maltais, les quelque 500 personnes présentes ont accueilli la suggestion avec « un tonnerre d’applaudissements ».

L’enjeu n’est cependant pas si simple que ça, et la situation à Laterrière peut être analysée sous différents angles, tout aussi pertinents les uns que les autres.

D’abord, on ne peut blâmer les citoyens de s’insurger alors que leur compte de taxes augmente de façon aussi significative. Une hausse moyenne de 6,9 % dans le secteur de Laterrière, c’est colossal.

Par contre, il faut aussi garder en tête qu’un taux de taxation harmonisé à Saguenay se veut la solution la plus équitable, dans la mesure où le partage des dépenses est l’une des pierres d’assise des fusions de 2002. Saguenay a réussi à s’esquiver de cette obligation ministérielle pendant des années, mais elle ne pouvait plus y échapper.

À l’instar de leurs concitoyens de Shipshaw, de Lac-Kénogami ou de Canton-Tremblay, les Laterrois bénéficient de la présence d’infrastructures qui ont pignon sur rue à Chicoutimi, l’ancienne ville centre, de même qu’à Jonquière ou à La Baie. Ainsi, l’argument selon lequel les services sont inéquitables pour certains arrondissements est difficilement défendable. Les gens de Laterrière ne profitent-ils pas, eux aussi, de la présence de centres commerciaux, d’une université, des cégeps, d’un hôpital régional sur le territoire de cette grande ville, qui est, faut-il le rappeler, aussi la leur ?

Dans la même veine, les Laterrois auraient-ils préféré voir leur résidence subir une perte de valeur de dizaines de milliers de dollars, comme celle constatée dans différents secteurs de la ville ? Auraient-ils été prêts à sacrifier leur équité pour payer moins de taxes ? La loi du marché fait en sorte que ces citoyens habitent dans un lieu prisé et recherché par les acheteurs. C’est essentiellement ce qui explique que l’augmentation du compte de taxes est plus importante à Laterrière qu’ailleurs à Saguenay. Or, la Ville n’a aucun contrôle sur la fluctuation du rôle d’évaluation municipale, et ce serait profondément injuste si elle décidait de surtaxer les secteurs qui ont subi une baisse de valeur afin d’atténuer l’augmentation imposée à ceux qui ont la chance de voir leur résidence s’apprécier d’une année à l’autre.

Michel Potvin a au moins le mérite de s’être présenté devant ceux et celles qui l’ont élu, et avec son franc-parler, de leur expliquer les choix qui ont été faits par le conseil. Il a surtout eu l’audace de dire non à tout réajustement du taux de taxation à Laterrière. En période de prospérité, les choses auraient pu se dérouler autrement, mais dans une ville qui peine à joindre les deux bouts, c’est le genre de situation déchirante qui se produit. Et la facture à payer est celle de tous les contribuables de Saguenay, sans exception ni favoritisme.

Il faudra s’y habituer.