Rêver à nouveau la Véloroute

ÉDITORIAL / Le préfet de la MRC Lac-Saint-Jean-Est, André Paradis, dit vrai lorsqu’il évoque la nécessité de revoir en profondeur le financement de la Véloroute des Bleuets, un circuit cyclable de 256 kilomètres qui, chaque printemps depuis des années, donne l’impression de ne plus être l’ombre de ce qu’il a déjà été.

L’activité cycliste poursuit son essor au Québec et ailleurs, avec l’arrivée des vélos électriques qui démocratisent encore davantage l’industrie. Chaque jour, les adeptes de partout sur la planète ratissent le Web afin de trouver leur prochaine destination de voyage, qu’ils soient athlètes ou simples amateurs de randonnées en famille. Parallèlement à la croissance de cet immense pactole touristique, plusieurs régions au pays se sont organisées afin d’offrir des circuits de qualité internationale. La Véloroute des Bleuets aspirait jadis à devenir l’un de ces parcours incontournables, duquel les gens reviennent enthousiasmés, la tête pleine de souvenirs impérissables et d’images à faire rêver. Ces gens-là, autrefois, se promettaient de revenir et surtout, partageaient leur expérience avec d’autres cyclistes. À l’ère des médias sociaux, nul ne peut négliger l’impact de ce type d’ambassadeurs. Encore moins lorsque l’industrie est en pleine émergence et que les joueurs se multiplient aux quatre coins du pays.

Serait-ce que les administrateurs de la Véloroute des Bleuets sont demeurés trop longtemps assis sur leurs lauriers ? Ou parce que les municipalités qui encerclent le lac Saint-Jean ont tout simplement lancé la serviette sur cet attrait touristique ?

Quelle que soit la cause, chaque année à pareille date, un problème surgit et, conséquemment, la réputation de la Véloroute s’effrite.

Comble de disgrâce en 2019, même des compagnies d’assurances expriment leurs inquiétudes quant à la sécurité du parcours. L’une d’elles a même récemment refusé de couvrir le tronçon qui traverse la localité de Saint-Henri-de-Taillon, où le préfet Paradis a été élu maire.

Son invitation à réfléchir sérieusement quant à l’avenir de la Véloroute des Bleuets ne doit pas sombrer dans l’indifférence. L’heure est en effet venue de sortir les pelles et les brouettes, de revoir le tracé, de l’entretenir, de le modifier et de le bonifier. Un chantier aussi imposant que celui dont a fait l’objet le Zoo sauvage de Saint-Félicien.

Il faut que des mesures soient prises afin que chaque année, des travaux d’amélioration soient exécutés afin d’assurer un renouvellement perpétuel du parcours. Enfin, il y a lieu de tout mettre en œuvre pour réduire au strict minimum le partage de la route entre cyclistes et automobilistes. N’est-ce pas là le principal objectif d’une véloroute ? Actuellement, les adeptes qui bouclent le circuit en entier doivent rouler des dizaines et des dizaines de kilomètres sur des routes régionales et autres liens routiers, à leurs risques et périls.

Or, pour faire tout ça, il faut de l’argent. Et pour avoir de l’argent, il faut des passionnés, des « défonceurs » de portes fermées, des avant-gardistes comme l’ont été Jean-Claude Lindsay, Laurier Savard et Sylvain Tremblay lorsqu’ils ont rêvé la Véloroute, à l’aube des années 2000. Il faut aussi de la vision.

Car rapiécer ne suffit plus. Étendre une couche d’asphalte sur une fissure de 4 pouces en sachant que tout sera à refaire lors du prochain dégel ne doit plus être une solution acceptable. Des secteurs comme le rang des Îles à Saint-Gédéon ou le rang de la Chute-Blanche à Sainte-Jeanne-d’Arc offrent des paysages bucoliques, mais à quoi bon quand la seule préoccupation légitime des cyclistes, dans ces coins de pays, est de ne pas se casser la gueule ?

Tous doivent aujourd’hui mettre l’épaule à la roue, aussi bien les localités concernées que les administrateurs, les commerçants et les différents paliers de gouvernements. Plus que jamais, la Véloroute des Bleuets a besoin de se refaire une beauté afin de séduire à nouveau ses utilisateurs. En espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard…