Josée Néron

Retirer les élus: un pensez-y-bien

ÉDITORIAL / Le rapport du ministère des Affaires municipales et Occupation du territoire (MAMOT), sorti en plein vendredi après-midi d’un été chaud, est accablant pour l’ancienne administration municipale, mais met également beaucoup de pression sur la mairesse Josée Néron. Il lui recommande de retirer tous les élus du conseil d’administration de Promotion Saguenay.

Attendu avec impatience par plusieurs, ce « fameux » rapport analyse le fonctionnement de trois organismes publics de Saguenay en vigueur depuis leur création, soit Promotion Saguenay, Diffusion Saguenay et la Société de la Zone portuaire de Chicoutimi.

Il vient mettre des mots, avec preuves à l’appui, sur toutes les critiques qui ont été adressées à l’administration de l’ancien maire Jean Tremblay et à son bras droit, Ghislain Harvey. Ils se sont offert un « two-men-show » en ayant le contrôle horizontal et vertical des trois organismes précités, dont la pièce de résistance est Promotion Saguenay.

Des failles recoupent les trois organisations, comme l’absence de transparence, la qualité d’accès lors du recrutement, la planification stratégique et le manque de règles qui auraient assuré une meilleure gestion et une reddition de comptes. Ledit rapport confirme la trop grande concentration de pouvoirs entre les mains de deux seuls hommes. 

Au-delà de la gouvernance et de la transparence, les fonctionnaires insistent dans leurs conclusions sur l’absence d’une réflexion stratégique du développement économique à Saguenay. Les contribuables allongent, bon an mal an, quelque 10 millions $ pour que le gouvernail soit bien en fonction. Cela voudrait-il dire que l’avenir économique s’en trouve hypothéqué parce que les radars sur les tendances et les opportunités n’ont pas été activés ! C’est d’autant plus important, puisque le monde dans lequel nous vivons change à une vitesse folle et qu’il est devenu si facile d’être relayé au fond du classement.

Attention à ceux qui pensent que rien de bien n’a été fait à Saguenay depuis la fusion : ce n’est pas ce que dit le rapport. Il décrit que la gestion n’a pas été exécutée dans les règles de l’art, un reproche que Jean Tremblay esquive comme lui seul sait le faire.

Test de vérité

Une fois les constats édictés, qu’y a-t-il à faire pour redresser la situation ? La mairesse, Josée Néron, est devant un immense chantier. En fait, le rapport lui pose un défi de taille par une seule recommandation : retirer la possibilité que des élus soient nommés au conseil d’administration. 

Quand elle a invité le ministère à enquêter sur le fonctionnement de Promotion Saguenay, elle ne se doutait pas qu’elle se retrouverait avec une patate chaude entre les mains ! Cette recommandation heurte de plein fouet ce qu’elle a fait au cours des dernières semaines. Elle a modifié la composition du CA et favorisé la participation d’un plus large horizon de compétences, ce qui est conforme à ses engagements, mais elle a aussi maintenu des élus en poste.

Tous les regards sont tournés vers elle parce que pour demander à l’autorité suprême des municipalités de se mettre le nez dans tes affaires, il faut être prêt à vivre avec les conclusions, advienne que pourra. C’est un cruel test de vérité pour la mairesse. Le rapport lui donne une bonne feuille de route, mais lui transfère aussi une forte pression.

Elle devra, dans sa sortie prévue mardi, naviguer avec précision, assurance et responsabilité. Est-ce qu’à ce stade-ci, il est raisonnable de couper le cordon avec Promotion Saguenay ?

La réflexion doit être faite par l’ensemble des conseillers, en mettant leurs intérêts de côté, pour engager la ville dans la meilleure voie. Mme Néron doit éviter à tout prix de précipiter les choses en gardant en mémoire que la présence d’élus au sein du CA de Promotion Saguenay n’est pas forcément l’expression d’une volonté de contrôler, si la culture change pour la peine.