Alfredo Barrios, Jean-Sebastien Jacques et Gervais Jacques.

Rencontre brève, mais positive

ÉDITORIAL / Rio Tinto n'investira pas dans une nouvelle aluminerie à court terme ; elle n'entend pas non plus retourner dans le passé et occuper le marché de la transformation. Rio Tinto fait dans les mines et dans l'électrolyse, et c'est avec ce modèle épuré de toutes distractions périphériques qu'elle compte s'épanouir.
Mercredi matin, le président et directeur général de Rio Tinto, Jean-Sébastien Jacques, a rencontré brièvement les journalistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, en marge d'une tournée dans la région en compagnie de tous les membres du conseil d'administration de la compagnie. 
Cet exercice médiatique lui a permis de livrer un message rassurant qui, à défaut de se chiffrer en investissements ou en emplois, avait la saveur d'une profession de foi sincère à l'égard du Québec et de la région, chef-lieu de l'aluminium au sein du groupe. L'ancien de Pechiney a répondu aux quelques questions qui lui ont été formulées, qu'elles soient de nature locale ou plus macroscopique, insistant à maintes reprises sur la valeur des infrastructures qui appartiennent à la compagnie. Une seule fois il a hésité et est apparu prudent : Rio Tinto serait-elle tentée de participer financièrement à un projet de transformation du métal, comme membre d'un consortium par exemple ? « Vous savez, je ne peux rien dire là-dessus pour l'instant. »
S'il existe une certitude en affaires, c'est que rien n'est jamais certain. Les tendances d'un marché qui évolue sans cesse de même que l'appât d'occasions potentiellement profitables pour les actionnaires, comme bien d'autres facteurs, peuvent spontanément se traduire par un changement de cap inattendu.
Il ne faudrait pas se bercer d'illusions et aller croire que la compagnie se lancera, seule, dans la deuxième et la troisième transformation, comme elle l'a fait au milieu des années 2000 avec l'usine de fabrication de pare-chocs de Jonquière. Rio Tinto s'est départie de ses anciennes divisions spécialisées afin de se concentrer sur ce qu'elle fait de mieux : des matières premières. Pour le secteur de l'électrolyse, qui représente pas moins de 30 % du chiffre d'affaires du groupe, cette philosophie se résume en trois actes : bauxite, alumine, aluminium. 
Le silence de M. Jacques permet néanmoins de spéculer et d'envisager une certaine ouverture quant à la possibilité de compter Rio Tinto comme un éventuel partenaire d'affaires. Sinon, la réponse du grand patron aurait été catégorique : « La transformation, non merci ! »
Rapprochement
Les dernières années ont été plutôt difficiles pour Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Élus, employés, citoyens et même l'auteur de ces lignes ont publiquement critiqué l'entreprise, à un moment ou à un autre. Les investissements promis ne se sont pas matérialisés et le lien de proximité qui unissait autrefois la région et la haute direction s'est lentement effrité avec le départ des Jean Simon, Jacinthe Côté et, plus récemment, Étienne Jacques. 
Cette courte visite du conseil d'administration de Rio Tinto marque peut-être le premier pas d'un véritable rapprochement, qui ne pourrait être que favorable aux deux parties. 
Car la confiance ne repose pas strictement sur des investissements, mais également sur le respect mutuel des partenaires. Jean-Sébastien Jacques n'avait pas à rencontrer les médias locaux, mercredi, mais il s'en est fait une obligation morale. Il n'avait pas non plus à reconfirmer la région comme plaque tournante de la division aluminium, mais il l'a fait avec une conviction sentie. Il a réitéré que l'aluminium à faible empreinte carbone est la pierre angulaire de la stratégie de développement de la multinationale. Bref, il a su flatter la région dans le sens du poil, en prenant bien soin de ne pas maquiller son discours de faux espoirs. 
Tout ça n'ajoute rien à l'économie régionale et n'a aucune incidence sur les emplois, mais il demeure réconfortant d'entendre, de la bouche même du grand patron, que le Saguenay-Lac-Saint-Jean sera toujours un pôle de « classe mondiale » et que l'avenir de sa principale industrie est assuré pour les prochaines décennies.