Réfléchir le centre-ville

L’idée de construire un amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi en lieu et place du Centre Georges-Vézina mérite d’être reçue avec tous les égards qu’elle mérite. Encore à l’état embryonnaire, le projet, s’il devait être retenu, doit s’inscrire dans une large réflexion sur l’aménagement global du secteur.

De toute évidence, la mairesse de Saguenay, Josée Néron, est prise de court dans cette affaire, étant bousculée par un rapport d’ingénieur qui lève un drapeau sur la sécurité. Par surcroît, le premier ministre Couillard ajoute de la pression en affirmant qu’il tendrait l’oreille à une demande d’aide financière. Évidemment, les élections provinciales d’octobre prochain ne sont pas étrangères à cet empressement.

Il faut aussi prendre en considération que c’est dans la bousculade que l’idée de construire un amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi a surgi. Cela ne l’écarte pas pour autant si l’on tient compte d’un ensemble de facteurs qui plaident pour l’implantation à cet endroit du «colisée», sans écarter l’emplacement actuel, qui présente beaucoup d’atouts.

Parmi les arguments à analyser, il y a toute la vie qui peut se créer autour d’un amphithéâtre multifonctionnel. Dans le quadrilatère concerné, il y a une bonne offre de restauration, des bars et des commerces intéressants, une zone portuaire plus belle que jamais de l’autre côté du boulevard du Saguenay et un accès facile pour le centre-ville.

Le projet d’un ouvrage comme un amphithéâtre constitue une belle occasion de s’accorder du temps pour réfléchir au réaménagement du centre-ville de Chicoutimi. Animé avec succès par des évènements autour de la bière, du vin, du court métrage et de la musique, le secteur a besoin de plus pour devenir attrayant et s’afficher comme un centre-ville digne de ce nom.

Une réflexion revêt l’avantage de pouvoir aplanir les inquiétudes soulevées par des citoyens au cours des derniers jours, par exemple, sur les espaces de stationnement et la nappe phréatique. 

Quand on jette un regard sur le quadrilatère, ça saute aux yeux que la planification a manqué au fil des ans, au point où il est permis de se demander si quelqu’un a encore à cœur un secteur qui devrait refléter le dynamisme des citoyens. Par exemple, comment en arriver à condamner une partie du stationnement à étages qui mène au CLSC et à certains commerces? Il ne s’agit pas d’un inconvénient passager, mais d’une situation qui dure depuis plusieurs années.

De l’autre côté, l’autogare ne fait guère meilleure figure même s’il est très utilisé et offre un point de vue extraordinaire. Et que dire du terrain vacant en plein cœur d’une ville, qui sert de camping aux véhicules récréatifs l’été? 

Une réflexion mettant à contribution des urbanistes, des architectes, des élus et des citoyens permettrait d’avoir un regard global sur le secteur et pourrait, également, offrir une solution pour unifier les deux côtés du boulevard du Saguenay. Il est toujours périlleux, pour ceux qui arrivent au centre-ville par le transport en commun ou à pied, ou encore qui se stationnement près de la rue Racine, de traverser le boulevard à deux voies divisées.

Les objections à ce scénario se font déjà entendre, mais elles ne doivent pas empêcher les élus de réfléchir sur une vision à long terme. Il serait temps de faire en sorte que le centre-ville soit en phase avec une clientèle jeune et créative, autour des institutions d’enseignement et des services professionnels et de santé. Les centres-villes redeviennent une tendance en Amérique du Nord et pourquoi ne pas s’inscrire dans ce courant?

Ça ne coûte rien d’y penser. Le centre-ville, dans son état actuel, est figé dans le temps et ne se veut pas un incontournable. Y aura-t-il une aussi belle occasion d’y rêver?