Que les chercheurs s’expriment

ÉDITORIAL / Tout dépendra de l’accueil des professeurs et chargés de cours de l’Université du Québec à Chicoutimi, mais la lettre d’opposition au projet de GNL Québec qui circule présentement dans l’établissement risque d’avoir un impact considérable sur le débat public. Dans une ère où la science ne peut — et ne doit — être ignorée pour des considérations strictement économiques, une telle démarche, si elle est appuyée massivement par les chercheurs universitaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean, est susceptible de bouleverser dramatiquement la stratégie du promoteur et l’évolution du dossier.

Le document rédigé par sept professeurs et chercheurs de l’UQAC ne peut être pris à la légère. Il soulève des pistes de réflexion légitimes et des inquiétudes qui s’inscrivent dans un courant écologique qui ne cesse de prendre de l’ampleur à l’échelle planétaire. Nul doute que les données sur lesquelles s’appuient les auteurs pour étayer leur argumentaire ont été vérifiées et confirmées de façon scientifique.

Et comme il s’agit d’un enjeu fondamental, il est tout à fait justifié que les employés du principal établissement dédié à la connaissance et au savoir se manifestent. Il n’y aura jamais trop d’experts pour analyser un tel projet et en définir les conséquences, qu’elles soient positives ou négatives. Comme ils le précisent avec justesse, en paraphrasant le ministre Pierre Fitzgibbon, « la recherche alimente la réflexion et devra “dicter la décision” ».

Répondre à toutes les questions

Cela dit, cette lettre propose bien peu de solutions pour combler la perte économique que représenterait l’abandon d’un tel projet. Or, cet élément fait aussi partie de l’équation, dans une région qui peine à s’épanouir au même rythme que les autres périphéries urbaines du Québec. Car, s’il est noble de mentionner que le Saguenay-Lac-Saint-Jean « possède tous les atouts naturels, environnementaux, humains et économiques pour se placer en chef de file d’une transition socioécologique qui désormais n’est plus optionnelle », il demeure que le rejet systématique de tout projet industriel « nuisible à l’équilibre écologique mondial », tel que suggéré par les auteurs, nous placera dans une position encore plus fragile et incertaine que celle qui prévaut actuellement. Conséquemment, si la région opte pour une telle stratégie de développement, elle devra absolument — et rapidement — se tourner vers de nouveaux créneaux qui permettront non seulement le maintien de notre économie, mais qui favoriseront également son essor. Il s’agit de tout un pari, avouons-le.

Parce qu’une chose reste irréfutable : le Saguenay-Lac-Saint-Jean est un écosystème qui s’est articulé autour de la grande entreprise. Nombre de PME sont nées et dépendent encore aujourd’hui des activités industrielles. Certaines ont même percé les frontières du marché international grâce à l’expertise acquise ici, notamment les secteurs de l’aluminium et de l’exploitation forestière. Et plusieurs attendent impatiemment l’aboutissement d’un projet comme celui de GNL Québec pour poursuivre leurs opérations. En disant non à tout projet industriel, nous lançons la serviette sur ces grappes d’entreprises qui ont émergé à travers le temps.

Or, saurons-nous les protéger en épousant corps et âme la « transition sociale et écologique » ? Saurons-nous remplacer les éventuels emplois perdus grâce à la mobilité durable, à l’agriculture urbaine, aux forêts nourricières, à la mise en œuvre d’un système d’alimentation durable en zone boréale, à l’écotourisme et au plein air ?

Ces questions méritent d’être abordées avec la même rigueur et la même passion que celles concernant l’urgence climatique puisque l’avenir de la région ne peut se jouer, uniquement, sur des concepts imprécis et une vision unidimensionnelle.

Répondre à toutes les questions, n’est-ce pas ce à quoi aspirent tous les chercheurs ?