Marc St-Hilaire

Quatre décennies de passion pour l’information

ÉDITORIAL / Tirer sa révérence alors qu’on est au sommet de son art, voilà ce à quoi nous aspirons tous. Comme le boxeur qui choisit d’accrocher les gants avec une fiche immaculée, notre directeur général et rédacteur en chef, Denis Bouchard, a annoncé cette semaine son départ de la coopérative du Quotidien, mettant ainsi un terme à une carrière de quatre décennies.

Certes, on dit que nul n’est irremplaçable, que la nature a horreur du vide… Or, cette semaine, c’est non seulement le journal qui perd l’un de ses plus précieux artisans, mais également toute la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui doit dire au revoir à une figure imposante de l’information régionale.

D’abord comme journaliste, puis à titre de directeur de l’information, de rédacteur en chef et, enfin, de premier directeur général de notre jeune coopérative, Denis Bouchard a gravi les échelons grâce à sa rigueur, son honnêteté intellectuelle et son travail acharné. Toutefois, c’est surtout son amour de la nouvelle qui marquera son passage dans notre écosystème médiatique. Il a inspiré des dizaines de jeunes journalistes qui, à travers les années, ont pris place derrière l’un de nos ordinateurs. J’en suis un.

Denis Bouchard aura également été un acteur de premier plan dans la transition de notre modèle d’affaires. Car, s’il est mieux connu pour son rôle de journaliste, c’est surtout ses fonctions de gestionnaire, plus discrètes, qui ont occupé les derniers mois de sa carrière, à une étape charnière de notre histoire. Son expérience, ses compétences et sa vision ont été des éléments cruciaux de notre passage en mode coopératif.

L’univers médiatique a connu son lot de changements au fil du temps. Notre directeur général a connu les dactylos, puis l’arrivée des premiers ordinateurs, des premiers modems. Quel que soit le poste qu’il a occupé, il s’est toujours abandonné sans concession à notre «usine de nouvelles», à sa culture et à sa mission, soit celle d’offrir aux lecteurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean une information de qualité.

Parce que s’il est un trait de caractère qui le définit et qui a été le fil conducteur de sa brillante carrière, c’est bien son sentiment d’appartenance envers la région. Fier Chicoutimien, intransigeant à l’égard de ceux qui nous réduisent à l’état de simple région ressource, il a défendu corps et âme notre droit au développement. Que ce soit par l’un de ses nombreux textes sur Alcan, par une réflexion éditoriale ou en accompagnant un jeune journaliste dans son travail, Denis Bouchard a utilisé son privilège pour mettre en valeur nos richesses collectives, notre savoir et nos atouts.

Il aura aussi été un patron exigeant, parfois rigide, mais toujours fidèle à ses valeurs et à son désir de rendre notre journal meilleur. Parce que, comme il l’a mille fois répété : « Un quotidien, c’est chaque matin recommencer à zéro. »

Denis Bouchard quittera le 31 juillet, emportant avec lui un nombre incalculable de références au passé, d’anecdotes précieuses pour la compréhension d’un dossier. Il lègue cependant en héritage une institution qui, comme lui, a su s’adapter aux époques et aux changements.

Au nom de tous les employés de la coopérative du Quotidien, au nom de tous les lecteurs qui ont bénéficié pendant 41 ans de ta passion pour le journalisme, au nom de tous ceux et celles que tu as inspirés, bonne retraite et merci, Denis Bouchard.