L'ex-maire de Saguenay, Jean Tremblay

Quand la magie n’opère plus

ÉDITORIAL / Jean Tremblay n’a pu se retenir, il fallait qu’il tombe à bras raccourci sur le nouveau conseil municipal ; qu’il le qualifie de « plus incompétent » de l’histoire ; qu’il s’attaque directement au conseiller Michel Potvin et à la nouvelle mairesse Josée Néron. Il fallait qu’il crache son venin et c’est dans cet état d’âme qu’il a communiqué avec le journaliste Denis Villeneuve, mardi. Ou était-ce simplement pour faire diversion, le jour même où le conseil de ville présentait son premier budget ?

Au cours de ses 20 années passées à l’hôtel de ville, Jean Tremblay a compris qu’une simple phrase assassine était suffisante pour éclipser un événement, diluer une nouvelle ou éteindre une idée à laquelle il s’objectait. Il est passé maître dans l’art de dévier les débats en personnalisant les dossiers et en méprisant ceux qui osaient le contrarier. Il s’agissait de son arme la plus redoutable, et jamais il n’a hésité à la brandir. 

Or, la magie n’opère plus. Ses propos de cette semaine n’ont fait qu’alimenter le sentiment de colère des citoyens à l’égard de l’ancienne administration. La divulgation des détails entourant le contrat de Ghislain Harvey, les nominations partisanes et les subventions octroyées de façon arbitraire ont terni l’image du politicien qu’était Jean Tremblay. Autrefois, les critiques coulaient sur lui comme l’eau sur le dos d’un canard ; aujourd’hui, les scandales se multiplient et lui collent à la peau comme autant de taches indélébiles. 

Jean Tremblay est un fin stratège, nul ne saurait prétendre le contraire. Aussi peut-on se demander pourquoi il a décidé de sortir ainsi de sa retraite pour vilipender ses successeurs. Savait-il que la présentation du budget 2018 mettrait en relief les écarts manifestes de son administration ? Avait-il été informé des mesures qu’annoncerait Josée Néron, comme celle d’abolir l’enveloppe discrétionnaire de 4 millions de dollars qu’il s’était allouée en tant que maire ? Lui avait-on soufflé à l’oreille les grandes lignes de l’exercice budgétaire ? Son coup de gueule n’était-il, en fin de compte, qu’une tentative désespérée de faire ombrage à ceux qui mènent dorénavant le destin de Saguenay ? 

Comme tout contribuable, Jean Tremblay peut intervenir publiquement et commenter le travail des élus. Si le coeur lui en dit, il peut même participer à la mise en place d’une opposition citoyenne, qui surveillerait les faits et gestes de la nouvelle mairesse. Mais de sa position, il devra comprendre que ses sorties publiques n’auront plus jamais l’effet qu’elles ont eu jadis.

Ce que la population a retenu de l’actualité cette semaine, c’est davantage l’état lamentable des finances de Saguenay que les propos incendiaires de son ex-magistrat. 

Parti des citoyens

Dans la même veine, il serait intéressant de connaître l’opinion des payeurs de taxes quant à la demande du Parti des citoyens de Saguenay, qui souhaite obtenir les fonds nécessaires à la mise en place d’une opposition à l’hôtel de ville. Éradiquée lors de la dernière élection, la formation politique de l’ex-maire Tremblay quémande jusqu’aux plus hautes instances ministérielles pour demeurer en vie. 

Son chef et candidat défait à la mairie, le Dr Dominic Gagnon, plaide l’importance d’une opposition structurée pour le maintien d’une saine démocratie. Sur ce point, il n’a pas tout à fait tort. Mais, lorsqu’on connaît l’historique de ce parti et la manière dont il a traité ses antagonistes alors qu’il était au pouvoir, l’argument démocratique sonne faux ; très faux. Jean Tremblay aurait-il accordé une subvention à un groupe d’opposants ? 

Poser la question c’est y répondre.