Jean-Yves Provencher

Prudence à l'horizon

ÉDITORAL / Les quatre candidats à la mairie de Saguenay devront être modérés dans leurs promesses électorales en vue de l'élection de novembre prochain. À la lumière des informations que le conseiller municipal de Saguenay, Jean-Yves Provencher, a transmises lundi au Quotidien, l'heure n'est plus à la dépense.
À la faveur d'une longue entrevue à la journaliste Mélyssa Gagnon, Jean-Yves Provencher, le « ministre des Finances » à Saguenay, conclut que les priorités des prochaines années seront le remboursement de la dette et l'amélioration du réseau routier. Comme quoi le temps des grands projets est peut-être révolu.
Cette phrase heurtera ceux qui espèrent un Centre Georges-Vézina renouvelé et la deuxième phase, promise par le maire Jean Tremblay, du parc de la Rivière-aux-Sables. Les candidats qui entretiennent des rêves, qui veulent donner un nouvel élan à la ville et qui souhaitent prendre le virage des grandes tendances devront sortir leur calculatrice.
Phase de prudence
Il apparaît clair dans les propos du conseiller Provencher, qui a été d'une grande transparence, que Saguenay, à moins de rompre avec sa philosophie de maintenir la taxation à un bas niveau, passera à la caisse. Après une période de grands projets - citons les croisières et le village d'accueil, la voie ferrée menant à Grande-Anse, la mise à jour des amphithéâtres sportifs et des bibliothèques -, la future administration devra dépenser avec parcimonie.
L'endettement a grimpé à 396 millions $, mais par rapport à la richesse foncière uniformisée (RFU), le ratio tient la route. Ce ne sont que des chiffres et des concepts, direz-vous. Vous avez raison, surtout pour la RFU qui est basée sur la valeur totale des immeubles de la ville. Quand la valeur des maisons augmente, le RFU augmente et, il va de soi, les taxes aussi.
Dans ce bilan de Jean-Yves Provencher, qui se retirera de la vie politique en novembre, il y a lieu de se réjouir de la rentabilité des centrales Pont-Arnaud et Chute-Garneau. Pour une ville, pouvoir miser, bon an mal an, sur une dizaine de millions de revenus autres que les taxes, c'est inespéré.
Ce n'est pas souvent que le contribuable a le loisir d'être témoin d'une promesse tenue de la part d'élus et celui des centrales en est une. Il faut se souvenir que plusieurs se demandaient où s'en allait le maire Jean Tremblay quand il a demandé à Québec de lui céder les centrales après qu'elles aient été remises à neuf après le déluge de 1996. Le projet offre une opportunité rare à la ville et à ses citoyens et l'argent doit être utilisé à bon escient.
Le bilan financier, tel que présenté par le conseiller Provencher, appelle les candidats à l'originalité et à la créativité. Certes, l'argent pour les besoins essentiels d'une ville - entretien du réseau routier, eau et aqueduc, équipements sportifs et culturels, etc. - est là. Il faudra en plus continuer à se projeter dans l'avenir pour faire de Saguenay une ville attrayante où industries, services publics en santé et éducation et PME continuent de s'épanouir et, surtout, permettent à ses citoyens, les jeunes notamment, d'espérer et de construire un milieu de vie à leur image.
Marge de manoeuvre ?
Naturellement, les candidats à la mairie, après un long règne de l'administration Tremblay, voudront imprégner la ville de leur vision et donner une nouvelle orientation. La marge de manoeuvre est-elle là ? En tout cas, en matière d'endettement, Saguenay se trouve sous la moyenne québécoise parmi les villes de 100 000 habitants et plus pour la dette par citoyen, soit 2394 $ contre 2763 $. Compte tenu des perspectives économiques incertaines, toutefois, le futur détenteur des clés de l'hôtel de ville devra être prudent.
Dans le bilan du conseiller Provencher, on se rend compte que les régimes de retraite du secteur municipal plombent les finances publiques. À Saguenay seulement, il a fallu emprunter 45,7 millions $ pour garder à flot les régimes à prestation déterminée, ce qui représente un remboursement annuel de 3,6 millions $.
Sans doute que les plus intéressés à la sortie de Provencher sont les quatre candidats à la mairie...