L’indice synthétique de fécondité était à 1,59 enfant par femme en 2016 au Québec.

Procréer pour le bien de l’économie

ÉDITORIAL / Ça vous dirait d’avoir un premier, un deuxième, voire un troisième enfant pour que l’économie du Québec soit plus forte comme le souhaite la Coalition avenir Québec (CAQ)? Si François Legault veut inciter les Québécois à faire plus de bébés, sa formation politique doit offrir plus qu’une allocation aux futurs parents. Vaut mieux miser sur des emplois de qualité, la conciliation travail-famille-études et le partage des tâches.

Faire miroiter une aide financière récurrente est évidemment tentant pour un parti politique qui veut gagner le cœur des familles. 

Mais est-ce la bonne voie à suivre pour augmenter l’indice synthétique de fécondité qui était à 1,59 enfant par femme en 2016 (après avoir atteint 1,73 en 2008 et 2009), pour éviter que notre poids démographique au sein du Canada baisse davantage, pour préserver l’identité québécoise et pour empêcher que notre économie souffre davantage des pénuries de main-d’œuvre qu’entraîne le vieillissement de celle-ci?

La CAQ cible une mesure alors qu’une stratégie plus large est préférable. Elle accorde aussi beaucoup de vertus à l’arrivée de nouveau-nés. 

«Une augmentation des naissances, c’est dans l’intérêt de tout le Québec. Ça veut dire une économie plus forte», a soutenu le chef caquiste en fin de semaine.

Respirez bien mesdames et poussez fort, c’est pour le bien de l’économie du Québec! 

En consultant la littérature, la CAQ avancerait sur des bases plus solides. En 2004, le ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille a produit un document sur la natalité et les interventions publiques au Québec et à l’étranger. 

«C’est tout un ensemble de mesures qu’il faut mettre en place pour créer des conditions favorables aux familles et à la réalisation du désir d’avoir des enfants», soulignent les auteurs. Des facteurs économiques, sociaux et culturels entrent en compte. 

Ils tirent néanmoins des expériences et des études menées que des mesures sont plus favorables que d’autres à la famille. L’existence d’emplois stables et rémunérés vient en tête. Ils notent aussi que «l’égalité des sexes tant au travail qu’à domicile et la création de conditions rendant le travail et la vie familiale compatibles devraient servir de fondement à la modernisation de la politique familiale». Ils citent les services de garde aux horaires flexibles, la réduction du temps de travail et les conditions de travail flexibles. 

L’effet des allocations à la naissance versées aux Québécoises entre 1988 et 1997 a aussi été examiné. Économistes, sociologues et démographes n’arrivent pas aux mêmes conclusions. Selon certains, le chèque variant de 500 à 8000 $ a augmenté de 10 % la probabilité d’avoir un premier enfant, de 13 % celui d’en avoir un deuxième et de 25 % celui d’agrandir la famille d’un troisième membre. D’autres relèvent que le nombre de naissances avait commencé à augmenter avant l’émission de chèques et que des grossesses avaient été retardées à cause de la récession de 1982.

Est-ce que les femmes en âge de procréer et les couples seraient plus sensibles à un soutien financier aujourd’hui qu’il y a 20 ou 30 ans? Cela reste à voir. Chose certaine, il faudra attendre plus de 16 ans pour que les petits, devenus grands, joignent le bassin de main-d’œuvre.

Or, pas le temps d’attendre, les besoins sont déjà criants. Il faut donc forcément compter aussi sur l’immigration, réussir l’intégration en milieu de travail et éviter que les nouveaux arrivants migrent ailleurs au pays.

Les immigrants contribuent aussi à la natalité. Selon l’Institut de la statistique du Québec, la proportion de nouveau-nés ayant un parent né à l’étranger était de 31 % en 2016, comparativement à 16 % il y a 20 ans.