Denis Bouchard
Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

Prêt pour la suite

ÉDITORIAL / Le premier ministre François Legault a poursuivi sa tournée des régions, jeudi, au Lac-Saint-Jean, en ouvrant sa valise de promesses, mais il a aussi pris conscience que les attentes sont élevées.

D’abord les « anges », soit le personnel de la santé qui a été énormément sollicité depuis l’apparition du coronavirus au Québec, lui ont rappelé que les conditions de travail doivent être mises à jour, principalement à deux niveaux, les salaires et le nombre de postes.

Celles qui étaient autrefois appelées les douces sont devenues des anges, soudainement, dans cette pandémie, et leur rôle, comme si le besoin était encore, a été mis en relief. Leurs conditions de travail et leur nombre insuffisant ont bien illustré les limites du système de santé. Les revendications exprimées à l’arrivée du premier ministre à Alma concernent plusieurs catégories de métiers et professions de la santé.

Puis, les défenseurs de l’industrie forestière attendaient le chef de la CAQ avec des tronçonneuses, ayant catapulté leur message le matin même dans Le Quotidien. M. Legault n’a pas fait de mystère : le régime forestier sera révisé dès cet automne. Ce régime, clame Pascal Cloutier, porte-parole d’Alliance Forêt Boréale et maire de Dolbeau-Mistassini, crée de l’incertitude en ce sens qu’il ne permet pas une prévisibilité à long terme de l’approvisionnement.

Cette réponse rapide aux élus démontre que le premier ministre fait toujours de l’économie son principal cheval de bataille. Reste à savoir ce qu’il réussira à obtenir en retour de la part de l’industrie s’il assouplit les mesures contenues dans le régime forestier en vigueur.

Il y a quelques jours à peine, son ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, dans le dossier de Rio Tinto, a affirmé haut et fort que Québec détient un levier pour négocier des investissements au Saguenay–Lac-Saint-Jean, évoquant évidemment les avantages énergétiques.

Dans les deux cas, toutefois, l’état du marché ne peut être ignoré, ce qui n’empêche pas Québec de s’assurer d’une juste part en retour de certains avantages, pour ne pas dire d’avantages certains. L’économie régionale, plombée par la pandémie, a bien besoin d’investissements privés.

À ce chapitre, le premier ministre ne s’est pas dégonflé en promettant de soutenir les grands projets, y compris GNL. Il entretient toutefois clairement un doute sur le projet de gaz liquéfié, allant jusqu’à citer le député péquiste de Jonquière et candidat à la chefferie, Sylvain Gaudreault. Ce dernier s’oppose fermement au projet de 14 milliards $ pour des raisons environnementales, plaidant pour une économie plus verte.

Ce n’est quand même pas rien qu’un premier ministre s’en remette à l’opinion d’un député de l’opposition, surtout dans une région où il a fait élire quatre députés sur cinq, qu’ils ont par surcroît défendu le projet GNL.

Comme les choses peuvent changer rapidement, M. Legault était plus enthousiaste à traiter du projet de BlackRock, qui s’étire de délai en délai, de sorte qu’il a fini par semer le doute. En tout cas, dans son ton, la mine de vanadium à Chibougamau et l’usine de transformation à Grande-Anse font toujours partie du portrait.

Si le premier ministre entretient autant d’espoir à l’égard de BlackRock, il faut en conclure que le financement a franchi des étapes cruciales, au cours des derniers mois. Estimé à un milliard $, le projet requiert d’autres investissements, quelque 100 M$, pour l’approvisionnement de Grande-Anse en eau, gaz naturel et électricité.

Sûrement que la ministre régionale, Andrée Laforest, y travaille, elle qui a plus de misère à accorder ses flûtes avec le conseil municipal de Saguenay pour des projets dans sa circonscription. Notamment, le dossier de l’amphithéâtre et de la piscine au Cégep de Chicoutimi, des projets liés au Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives et sportives (PAFIRS), n’ont pas encore abouti.

Il faut reconnaître que le temps joue en sa faveur puisque le Québec est en pleine crise sanitaire et que les priorités ont changé de place, sans compter que l’état des finances publiques, qui était reluisant encore en mars dernier, fait en sorte que la planification est en train de se réinitialiser.

La visite du PM aura permis aux élus du Lac d’obtenir toute l’attention de leur chef qui accorde la priorité, dans cette tournée, aux circonscriptions qui n’ont pas de ministre. Il reviendra dans le château fort de sa ministre des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec avec la suite de ses engagements, espérons-le, pour la région !