Prendre exemple sur Alma

ÉDITORIAL / Alma a accordé lundi soir un contrat de 573 901 $ afin d’agrandir la scène de Place Festivalma, laquelle accueille à peine quelques spectacles en saison estivale. Les habitués de cet amphithéâtre à ciel ouvert reconnaîtront qu’une telle rénovation est tout à fait justifiée, surtout dans la mesure où la capitale jeannoise semble vouloir offrir davantage d’événements de calibre international, comme ce fut le cas l’an passé avec The Offspring, puis cette année avec la visite annoncée de Bryan Adams. Chaque fois, les quelque 7500 billets disponibles se sont envolés en quelques heures, confirmant le potentiel du site et l’adhésion de la population almatoise. Le conseil de ville a pris acte du phénomène et n’a pas hésité à délier les cordons de la bourse pour améliorer ses infrastructures événementielles. Et au moment d’écrire ces lignes, aucun citoyen d’Alma ne s’est insurgé par rapport à cette dépense.

Imaginons maintenant une telle résolution adoptée cette semaine à l’hôtel de ville de Saguenay. Toute proportion gardée, 573 901 $ à Alma équivalent à une dépense de près de 2,9 millions de dollars à Saguenay. Donc, imaginons la mairesse Josée Néron confirmer l’octroi d’une telle somme pour la réfection de la scène de la Zone portuaire de Chicoutimi. Quelle serait la réaction des gens ?

D’abord, il y a fort à parier que la mairesse se buterait à une opposition féroce de la part de ses propres conseillers. Elle s’exposerait également à une pluie de critiques dans la population. Et sans doute, le projet serait condamné à mort avant même d’être débattu.

Certes, il faut être prudent avec ce genre d’exercice puisqu’il existe un chapelet de nuances à considérer. Néanmoins, un fait est indéniable : il est nettement plus facile de gouverner à Alma qu’à Saguenay.

À Saguenay, tout semble tellement plus compliqué. Même un projet essentiel comme l’implantation de bacs bruns sur le territoire semble devenu irréalisable. C’est comme si une relation malsaine s’était installée entre l’administration municipale et le citoyen.

Pourtant, à Alma, le conseiller Frédéric Tremblay n’a eu besoin de faire aucun détour : « On reçoit des spectacles majeurs et on veut continuer d’en accueillir davantage. » Nul besoin d’en dire plus. Alma a décidé de s’épanouir à travers le créneau des événements d’envergure et se donne les moyens pour y parvenir.

Évidemment, il est impossible de comparer Alma et Saguenay sans rappeler que la capitale jeannoise s’est imposé une politique d’emprunt zéro pendant plus d’une décennie, au début des années 2000. Elle s’est ainsi dotée d’une marge de manœuvre enviable qui, aujourd’hui, lui est grandement profitable. En ce sens, il serait juste d’affirmer que cette liberté d’action constitue l’héritage conjoint des maires Jean-Maurice Harvey, Gérald Scullion et Marc Asselin.

Cela dit, même si Saguenay n’est pas dans une situation aussi confortable sur le plan des finances, elle demeure notre locomotive régionale et elle ne peut se résigner à l’immobilisme. Il est impensable qu’elle ne puisse jouir d’aucune latitude ; qu’elle ne puisse faire preuve d’aucune initiative.

Car, une chose est certaine : Alma n’est pas la seule ville au Québec qui s’autorise à investir pour être attirante. D’autres villes comme Trois-Rivières, Sherbrooke ou Drummondville se mettent belles afin de séduire les jeunes familles. Pendant ce temps, à Saguenay, chaque dollar dépensé est désormais susceptible de provoquer un séisme à la table du conseil. Et ça ne peut plus durer.

Aujourd’hui, à Ottawa, la mairesse Josée Néron partagera la même tribune que Marc Asselin, dans le cadre d’un point de presse sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique. Peut-être devrait-elle profiter de l’occasion pour lui demander comment il a su engager son conseil dans une dynamique de cohésion et d’efficacité et maintenir l’harmonie apparente à l’hôtel de ville depuis sa première élection, en 2009.