Le responsable du développement régional pour Énergie Saguenay, Stéphan Tremblay.

Prêcher par l’exemple

ÉDITORIAL / En matière d’environnement comme dans bien d’autres domaines, il y a ceux qui ajustent leurs activités en fonction des règles et des standards, se limitant au strict nécessaire, souvent à contrecœur. Or, il y a également des citoyens corporatifs qui choisissent de prêcher par l’exemple et qui profitent d’une transition imposée pour aller plus loin, définir un nouveau modèle d’affaires adapté aux réalités actuelles et à celles de demain. Énergie Saguenay a emprunté cette voie en s’associant avec la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi afin que sa future usine de liquéfaction du gaz naturel soit carboneutre. Dans l’univers industriel, où les actionnaires se nourrissent davantage de rentabilité et où le développement durable est souvent synonyme de dépenses, l’engagement de cette compagnie doit être accueilli avec enthousiasme et fierté.

Avec enthousiasme, parce que, selon le responsable du développement régional Stéphan Tremblay, il s’agirait d’une première initiative du genre à l’échelle planétaire. Certes, Énergie Saguenay, comme sa maison-mère GNL Québec, mettront à profit leurs efforts environnementaux, tel un avantage distinctif dans la commercialisation de leur produit. Certes, l’entreprise se donne ainsi bonne presse, à l’approche des audiences publiques en environnement auxquelles seront soumis ses projets. Mais en toute franchise, rien n’obligeait Énergie Saguenay à en faire plus que juste assez. C’est pourtant ce que la direction promet de faire : s’imposer des actions plus restrictives que quiconque afin de compenser la totalité des émissions de gaz à effet de serre de son usine, conformément aux recommandations des experts de l’UQAC.

Et c’est là que la fierté entre en ligne de compte. Pour le commun des mortels, la Chaire en éco-conseil est plus ou moins connue. Peu de gens sont conscients que cette équipe de professeurs, de chercheurs, de professionnels techniques et d’étudiants est une référence planétaire en ce qui concerne la lutte aux changements climatiques et les bonnes pratiques environnementales. Ses services sont sollicités dans plusieurs pays, et c’est pourtant ici qu’elle est née et qu’elle s’est épanouie. En travaillant de pair avec la Chaire en éco-conseil de l’UQAC, Énergie Saguenay démontre tout le sérieux de sa démarche.

Dans le cadre d’une entrevue éditoriale avec Le Quotidien, Stéphan Tremblay affirme que son entreprise souhaite montrer l’exemple et engendrer un effet d’entraînement. Cette volonté prend tout son sens lorsque mise en perspective : GNL Québec est le plus important projet industriel au Québec en ce moment. En ce sens, le responsable ajoute que le potentiel hydroélectrique de la province permet aux compagnies de miser sur une énergie propre, ce qui facilite l’atteinte de leurs cibles en matière de développement durable. Et il a tout à fait raison. Mais poussons davantage la réflexion.

Si le projet d’Énergie Saguenay se concrétise et qu’il atteint la carboneutralité ; si l’entreprise fait de cet accomplissement sa carte de visite et qu’elle devient ainsi un agent de transition unique ; si les millions de dollars investis en mesures compensatoires se traduisent en revenus, issus de clients qui souhaitent valoriser les bonnes pratiques environnementales (ou se donner bonne conscience) … C’est peut-être justement ce genre de projet qui permettra au Québec de s’illustrer à l’étranger, et ainsi d’attirer d’autres compagnies soucieuses de se moderniser dans un esprit de développement durable.

Parce qu’être carboneutre, ici, c’est possible.