Le président-directeur-général de Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, assure qu’il n’y a pas d’inquiétude à y avoir quant à l’indépendance journalistique à la suite du prêt du gouvernement du Québec.

Poursuivre une transformation en toute indépendance

MOT DU PRÉSIDENT / Nos lecteurs le savent et la situation a été largement documentée, les médias traversent depuis quelques années une période de bouleversement et de grande transformation. Le constat n’est pas proprement québécois, ni même canadien, il est mondial.

Les médias régionaux de Groupe Capitales Médias, aussi profondément enracinés soient-ils dans leurs communautés, dans l’histoire de leurs régions, ne font pas exception. Ils sont engagés, comme tous les autres, dans une transition importante, nécessaire, pour poursuivre leur mission. Personne n’y échappe.

Redisons-le ici : ce ne sont pas les lecteurs qui désertent nos médias. Sur papier, et désormais dans l’univers numérique, vous réaffirmez chaque jour l’importance de notre rôle social et démocratique dans les régions que nous desservons. Votre besoin d’être informé et votre appétit pour une information de proximité de qualité n’ont pas changé. Ils ont même augmenté en cette ère inquiétante de fake news, où les marques crédibles deviennent des repères essentiels.

Ce qui a changé, en premier lieu, c’est la façon de s’informer, avec la multiplication des plateformes numériques, positionnant tous les médias du monde devant des défis nouveaux. 

Ces défis s’accompagnent toutefois simultanément d’une réalité qui frappe de plein fouet l’ensemble du monde des médias en Occident, sans exception : l’effritement des revenus publicitaires.

De tout temps, ces revenus permettent, dans une grande proportion, de financer l’information que des médias comme les nôtres produit chaque jour. Or, ces revenus migrent à vitesse accélérée vers des géants mondiaux, essentiellement Google et Facebook, qui ne redonnent pas, du moins chez nous, aux médias qui les alimentent.

Car oui, informer a un coût. Faire le choix de maintenir en région des salles de nouvelles comme celles des journaux de Groupe Capitales Médias a un coût. Le rythme accéléré de la migration des revenus publicitaires traditionnels force tous les médias à revoir de fond en comble leur modèle d’affaires, à trouver de nouvelles sources de revenus.

Une transformation bien engagée

C’est dans ce contexte que Groupe Capitales Médias salue l’aide temporaire, sous forme de prêt, que lui accorde l’État québécois, via Investissement Québec. Cette aide va nous permettre de poursuivre la transformation en profondeur de nos opérations, de notre modèle d’affaires, pour assurer un avenir à l’ensemble de nos journaux et à nos quelque 400 artisans.

Cette transformation, n’ayez crainte, est déjà très bien engagée. Les équipes de Groupe Capitales Médias ne sont pas restées les bras croisés, dans l’attente d’un soutien gouvernemental, tel qu’il en existe dans plusieurs pays occidentaux, mais jusqu’à récemment inédit au Québec.

Non, dès la création de notre groupe de presse, au printemps 2015, création découlant du rachat des six journaux régionaux de Gesca, nous nous sommes mis au travail pour revoir de fond en comble notre organisation. 

Nos opérations ont été revues radicalement. Nous avons réduit nos dépenses. Nous avons négocié de nouvelles ententes avec nos syndicats pour permettre une meilleure synergie entre nos entités. Et nous avons accéléré le déploiement de nos marques sur de nouvelles plateformes numériques.

En octobre 2015, Groupe Capitales Médias a lancé pour chacun de ses quotidiens une application mobile, permettant de rejoindre de nouveaux lecteurs et offrant à nos partenaires commerciaux de nouvelles opportunités d’affaires.

Ces applications pour téléphones intelligents et tablettes numériques ont été primées à l’échelle québécoise. Elles sont maintenant commercialisées. Une première entente a été conclue avec Protégez-Vous, qui a choisi notre plateforme pour son déploiement mobile. Et d’autres sont à venir!

En octobre dernier, nos sites Internet se sont détachés de l’environnement de lapresse.ca et ont repris leur pleine indépendance, de façon à nous permettre d’accélérer leur développement, conformément à nos stratégies.

Groupe Capitales Médias a investi beaucoup ces trois dernières années pour s’engager dans cet obligatoire virage numérique et se positionner pour le futur. Et ce, tout en continuant de faire évoluer ses journaux papier, qui demeurent au cœur de notre offre d’information. 

Beaucoup a été fait, mais beaucoup reste à faire pour réinventer le modèle d’affaires de nos médias, et leur assurer la pérennité que nos lecteurs espèrent. Les défis sont grands, le rythme de transformation de notre industrie s’accélère.

Non à l’attentisme

Bien sûr, nous sommes sur les rangs au sein de groupes de pression comme La Coalition pour l’avenir de La Presse d’information au Québec et News Média Canada qui sensibilisent les différents paliers de gouvernement à leurs responsabilités de protéger une industrie vitale pour préserver la qualité de notre démocratie.

Mais il ne pouvait être question pour nous d’adopter une attitude attentiste, en espérant que les gouvernements nous proposent des solutions.

Groupe Capitales Médias a un plan d’affaires clair, bien articulé et convaincant. Et c’est sur la base de ce plan de match solide, détaillé, cohérent et prometteur que une nous avons frappé à la porte d’Investissement Québec dont le rôle est justement d’investir dans des sociétés québécoises qui ont de la vision et du potentiel. Ce que nous avons obtenu, c’est la marge de manœuvre nécessaire pour accélérer notre transformation.

À noter que la porte d’Investissement Québec était ouverte à GCM comme à toute autre organisation médiatique sérieuse à la recherche d’un prêt pour soutenir du développement et protéger des emplois.

Nous ne sommes surtout pas le premier groupe médiatique à profiter de l’aide de l’État. La télé et les magazines jouissent depuis longtemps de généreux crédits. Et quand la Caisse de dépôt et placement du Québec a massivement investi dans Vidéotron, nul doute que les journaux de Québecor en ont ressenti l’impact très positif.

S’inquiéter enfin que nos journalistes perdent leur indépendance parce que nous avons reçu un prêt, c’est bien mal connaître notre environnement professionnel, les règles strictes qui gouvernent notre action et le respect que la direction de GCM porte à sa mission.

Groupe Capitales Médias croit à un journalisme de qualité, rigoureux et indépendant. Il en va du lien de confiance que vous, lecteurs, avez bâti au fil du temps avec nos marques, dans tous nos marchés. Nous sommes conscients de la responsabilité que nous portons et des attentes que vous placez en nous.

Nous voulons faire de nos lecteurs des citoyens plus éclairés, des consommateurs plus avertis. Nous continuerons donc comme avant, à poser des questions, à rendre compte, à analyser, à critiquer et à débattre de l’action et des propositions des gouvernements à tous les paliers.

Notre engagement est de toujours faire mieux pour vous informer et servir les intérêts des communautés qui nous font l’honneur de nous supporter dans plusieurs cas depuis plus d’un siècle. Et nous n’allons pas dévier de ce contrat avec vous.

Claude Gagnon, président-directeur général de Groupe Capitales Médias