Pourquoi tous ces comités?

ÉDITORIAL / La création d’un comité de travail à Laterrière, dont la raison d’être est de contester les taxes imposées par la Ville, risque davantage d’embourber l’administration municipale que de mener à des solutions constructives. Visiblement tiède à reconnaître la légitimité d’une telle structure parallèle, avec laquelle devront composer les élus, la mairesse Josée Néron n’a finalement pas eu d’autre choix qu’obtempérer lorsque la conseillère Julie Dufour, en pleine assemblée publique, a pris la parole pour saluer l’initiative, se portant même volontaire pour faire partie de la démarche. Résultat : d’autres secteurs ruraux de Saguenay souhaitent désormais se doter d’un tel comité afin d’en obtenir davantage pour leur argent. Un groupe de citoyens de Shipshaw doit d’ailleurs se réunir lundi afin d’entamer une démarche similaire, après avoir fait circuler une pétition dans le secteur. Quelques jours plus tard, ce sera au tour des gens de Lac-Kénogami de se rencontrer. Qui seront les prochains ?

D’abord, il ne faut pas se bercer d’illusions : le conseil de ville ne reviendra ni sur le budget de 2019 ni sur l’uniformisation du taux de taxation à l’échelle du territoire. L’exercice budgétaire adopté à l’unanimité le 14 janvier dernier, conformément à l’article 474 de la Loi sur les cités et villes, ne sera pas amendé. Quant au taux de taxation homogène, ce dernier se veut l’essence même de la fusion, laquelle a été décrétée afin de partager équitablement le coût des services dans une optique d’économies globales. Bref, quel que soit l’angle sous lequel l’équation est analysée, tous sont gagnants en bout de ligne.

Comme le mentionne le conseiller Michel Potvin, le compte de taxes moyen par domicile à Saguenay est de 2627 $. Certes, il y en a pour qui la facture est plus élevée en raison de la valeur de leur propriété, comme il y en a qui paient moins cher. Mais nul besoin d’être fiscaliste pour affirmer que tous, sans exception, en reçoivent pour leur argent. Pour moins de 3000 $ par résidence, tous bénéficient de services de sécurité en incendie, d’une police efficace, de déneigeuses en hiver, d’urbanistes, d’une fonction publique structurée, d’infrastructures entretenues, etc. Quelle compagnie de services en offre autant pour si peu, dites-moi ?

En entrevue avec le journaliste Jonathan Hudon, l’une des citoyennes membres du comité de travail de Laterrière, Virginie Hallahan Pilotte, définit ainsi ses ambitions : « Le premier objectif est de revoir tout le budget 2019 en détail, parce que c’est ce qui a provoqué une hausse dans le compte de taxes des résidants de Laterrière. On va faire des propositions, dans le but que le citoyen puisse ravoir le plus d’argent possible. »

Imaginez la boîte de Pandore qu’ouvrirait le conseil municipal s’il acceptait d’offrir un quelconque crédit aux citoyens de Laterrière rien que pour faire taire la critique. Avec la multiplication de comités de travail sur le territoire, et leur reconnaissance par le conseil, pensez-vous que les autres citoyens ne revendiqueraient pas, eux aussi, un retour de taxes de la part de leur élu local ?

Ainsi, tous les conseillers seraient invités à s’engager, puis à défendre leurs promesses à l’hôtel de ville. Certains seraient certes suffisamment habiles pour raisonner leurs électeurs ; d’autres, comme Michel Potvin par exemple, adopteraient sans doute la ligne dure et défendraient le budget municipal quitte à se faire huer copieusement. Or, il y a fort à parier que quelques élus plieraient les genoux devant la grogne populaire, au détriment de l’unité à l’hôtel de ville et de l’équité sur le territoire de Saguenay. Et il est là le danger puisque, malgré toute la bonne volonté du monde, il est impossible de satisfaire les attentes de tout un chacun. Comme il est impensable de modifier le budget 2019, d’accorder des crédits aux gens de Laterrière ou de revenir à un taux de taxation hétérogène sur le territoire de Saguenay.

Reste à voir avec quel courage chaque élu défendra le budget et le taux de taxation qu’il a approuvés, officiellement et publiquement, malgré la pression des comités.