Pour en finir avec le salaire

ÉDITORIAL / La grogne était inévitable ; la contestation aussi. En fait, tous les ingrédients étaient réunis pour que les élus de Saguenay se fassent lapider sur la place publique : comment ne pas être piqué au vif lorsqu’un groupe sélect de décideurs se vote une augmentation salariale après avoir imposé, à tous les contribuables, une augmentation de taxes de quelque 4 % ?

 Pour ajouter aux arguments des critiques, la résolution a été adoptée le 1er octobre, jour des élections générales au Québec. Les plus cyniques voient une corrélation entre le choix de cette date et l’impopularité de la décision ; les autres, davantage une erreur de jugement de la part du conseil. Mais sur un point, tous se rejoignent : ce dossier aurait mérité davantage d’explications, dans un souci de clarté et de transparence.

D’entrée de jeu, il faut rappeler que Saguenay est précurseure dans ce débat qui, au cours des prochains mois, risque de faire rage dans plus d’une collectivité du Québec. La décision d’Ottawa de rendre imposables les allocations de dépenses versées aux conseillers municipaux à compter de 2019 aura une incidence importante sur le revenu de chaque élu. Il en sera de même pour les députés de l’Assemblée nationale. Un ajustement s’imposait donc, dans la mesure où l’on exige de nos représentants d’être de plus en plus présents et impliqués dans leur mandat. Car, pour ceux qui en doutent encore, le travail d’un conseiller municipal à Saguenay nécessite un investissement de temps colossal, qui n’a rien à voir avec un emploi à temps partiel. D’ailleurs, il y aurait lieu de déterminer de façon officielle qu’il s’agit d’une tâche à temps plein, ce qui éliminerait toutes nuances possibles à ce sujet.

Dans ce dossier d’augmentation des salaires, c’est toutefois le désengagement du gouvernement provincial qui devrait être mis à l’avant-plan. Pourquoi Québec n’a-t-il pas simplement établi une charte de salaires selon les réalités de chaque agglomération, incluant le nombre de citoyens représentés, le territoire des districts et le ratio entre la tâche et la fonction ?

En pelletant ainsi la responsabilité aux conseillers de déterminer leur propre salaire, le gouvernement leur a offert un cadeau de Grec. Surtout en période de restrictions budgétaires.

Lundi dernier, lors de la séance régulière du conseil, un citoyen, Jacques Tremblay, s’est exprimé sur le sujet en qualifiant l’augmentation « d’abusive et motivée uniquement par l’appât du gain ». Est-ce le cas ?

Ce serait en effet abusif si les élus avaient le loisir de n’assister aux réunions de comités que lorsqu’ils le souhaitent. Abusif également s’ils avaient le loisir de n’accorder qu’une dizaine ou qu’une quinzaine d’heures par semaine à leurs fonctions de conseiller, au terme desquelles ils fermaient la ligne. Mais, comme l’a souligné la mairesse Josée Néron, la fonction de conseiller et de maire a grandement évolué, surtout depuis que tous sont dorénavant appelés à participer activement à l’épanouissement de Saguenay.

Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le taux de présence de chaque élu aux commissions auxquelles il participe, un mécanisme qui démontrerait sans doute l’ampleur de la tâche à accomplir. Saguenay aurait également pu faire des comparatifs entre le travail des conseillers et celui d’autres corps professionnels.

Car, à la base, nous souhaitons être représentés par des personnes de qualité, d’âges et de sexes variés, issues de différents secteurs d’activités. Et ça, ça se paie !

Alma a déjà annoncé qu’elle augmentera, elle aussi, le salaire de ses élus. Toutes les autres villes en feront autant, et Saguenay aura agi en paratonnerre puisqu’elle a décidé de trancher rapidement. Saluerons-nous alors le courage politique de ce conseil avec la même énergie que celle qui anime actuellement la critique ? Faudra voir…