Plus de rigueur, s’il vous plaÎt

ÉDITORIAL / Comment se fait-il que Saguenay donne l’impression d’être aussi brouillon dans le dépistage de plomb dans l’eau potable des citoyens ? Comment peut-on avoir ainsi banalisé les tests requis conformément au Règlement sur la qualité de l’eau potable dans les municipalités du Québec, alors qu’à long terme, le plomb a des effets aussi néfastes que l’hypertension artérielle, le dysfonctionnement rénal, les fausses couches, les naissances prématurées, trouble du déficit de l’attention, baisse du quotient intellectuel et retards de développement ?

Dans son édition du 24 octobre, Le Devoir publiait un reportage inquiétant, fruit d’une enquête conjointe de ses journalistes, de l’Université Concordia et de Global News. Selon les faits rapportés par le journal montréalais, il est évident que des responsables de la vérification de l’eau sur le territoire ont sous-estimé l’importance de leur mandat, soumettant aux autorités des rapports bâclés, année après année. Entre autres éléments, l’administration municipale de Saguenay aurait négligé d’inclure, dans son rapport de 2017, des dépassements de normes répertoriés. « En 2017, la Ville avait trouvé 140 ppb (quatorze fois la norme québécoise) de plomb au robinet de la cuisine de l’école primaire Sainte-Bernadette, et un test au Cégep de Chicoutimi atteignait 12 ppb. Or, la Ville n’a pas inclus ce dépassement dans son bilan annuel », peut-on lire dans Le Devoir. 

Dans un communiqué transmis vendredi, la Ville s’est défendue d’être négligente, insistant sur la conformité de ses tests et de ses suivis obligatoires. Il demeure néanmoins que dans les rapports fournis au ministère de l’Environnement, de 2016 à 2018, ce sont toujours les mêmes neuf adresses qui apparaissent comme référence, alors que Québec exige que les tests soient effectués à des endroits différents d’une année à l’autre. Laxisme ? Erreur dans la rédaction des rapports ? Je-m’en-foutisme ? Quelle que soit la raison qui explique cette situation, il ne fait aucun doute qu’un employé, quelque part dans l’appareil municipal, ne s’est pas acquitté de sa tâche de façon rigoureuse. Et ce genre d’omission ne peut être prise à la légère puisqu’elle sème le doute sur le professionnalisme de ceux et celles qui ont pour mandat de servir leurs concitoyens. 

Toujours dans son communiqué, la Ville affirme que l’eau qui sort de ses usines de traitement est « exempte de plomb et d’excellente qualité ». Le contraire aurait été stupéfiant ! Mais là n’est pas le débat. Le problème réside dans le sérieux qui est dévolu aux activités essentielles de la Ville. Et en ce moment, tout indique que pour certains fonctionnaires, les rapports officiels — qui sont d’une importance capitale — sont réduits à l’état de paperasserie insignifiante et futile. C’est là que le bât blesse. 

Maintenant, faut-il blâmer les élus pour ce dossier qui fait rayonner Saguenay, pour les mauvaises raisons, à travers tout le Québec ? Sincèrement, il y a un sérieux problème lorsque le conseil de ville ne peut plus faire confiance à sa fonction publique pour des tâches aussi simples que de rédiger un rapport soigné, qui répond à toutes les exigences l’État. Le « copier-coller » et les coins ronds ne peuvent être tolérés dans les circonstances. Aussi appartient-il aux conseillers et à la mairesse Josée Néron de serrer la vis et de faire en sorte qu’il n’y ait aucune marge de manoeuvre quant à la qualité des rapports que nous soumettons aux instances gouvernementales. Il s’agit de notre image, certes, mais encore plus de notre sécurité, comme dans le cas du dépistage de plomb dans l’eau potable.