Si la tendance se maintient, le prochain gouvernement ne fera rien de bien différent.

Plus de place aux régions

ÉDITORIAL / Davantage de discipline et une formule plus rythmée ont permis aux quatre principaux chefs de partis, jeudi soir, sur les ondes de LCN, de s’exprimer de façon plus abondante et moins chaotique que la semaine dernière. Conséquemment, tous ont eu le temps de traiter d’enjeux régionaux.

Non, le téléspectateur n’a pas su comment l’un ou l’autre des partis sera en mesure de retenir, hors des grands centres, ce soudeur chilien et sa conjointe — personnages fictifs invités dans le débat par le péquiste Jean-François Lisée. Les électeurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean ne sauront pas non plus de quelle ampleur seront les efforts gouvernementaux visant à favoriser la diversification économique, quel que soit le parti qui sera au pouvoir.

Par contre, quiconque a suivi ce débat d’un bout à l’autre peut dorénavant se faire une idée plus précise quant à l’intérêt accordé aux régions par les principaux aspirants à la fonction de premier ministre du Québec.

D’un point de vue strictement régionaliste et sans tenter d’identifier un gagnant, que doit-on retenir de l’exercice d’hier soir ?

Comme il l’a fait une semaine plus tôt, le chef libéral Philippe Couillard a insisté sur le rôle de développeur qui revient à Hydro-Québec. Car, au-delà de ses performances économiques, la société d’État doit également servir d’outil, de levier pour permettre aux communautés nordiques de s’épanouir au rythme de celles plus au sud. Une position que ne partage visiblement pas son rival de la Coalition avenir Québec, François Legault, qui a une fois de plus critiqué le projet éolien Apuiat sur la Côte-Nord, de même que celui de la cimenterie de Port-Daniel en Gaspésie. La logique caquiste s’articule strictement sur le volet économique de ces projets.

Une entreprise privée les aurait-elle financés ? Il n’y a rien de plus incertain. Par contre, l’État a aussi le devoir de considérer les impacts indirects lorsqu’il analyse de tels projets. Et sur ce point, les interventions du premier ministre sortant sont nettement plus inspirantes que celles de M. Legault, qui rappellent celles des économistes montréalais qui ont toujours condamné les avantages hydrauliques octroyés à Alcan, devenue Rio Tinto. Bref, la « lutte au gaspillage » ne doit pas devenir une obsession.

Autre élément intéressant de ce débat, la volonté de chacun des chefs de soutenir les industries qui risquent d’être vulnérabilisées dans le cadre des négociations difficiles avec les Américains en ce qui a trait à l’ALÉNA. Sur ce sujet, Manon Massé, cheffe de Québec solidaire, a livré la suggestion la plus concrète et porteuse pour les régions forestières, soit de modifier le code du bâtiment afin d’intégrer davantage de bois dans les structures québécoises. François Legault a quant à lui reproché à Philippe Couillard de n’avoir pas encouragé suffisamment la diversification des exportations vers l’Europe et l’Asie. Abstraction faite de l’attaque qui se cache sous cette réflexion, il demeure que le Québec aurait, en effet, tout avantage à ne pas mettre l’essentiel de ses œufs dans un seul et même panier.

Le développement durable, notamment son axe environnemental, a aussi fait l’objet de belles discussions, autour de thèmes accessibles comme l’électrification des transports et l’indépendance du Québec face au pétrole. Nul ne s’est particulièrement démarqué, puisque tous prêchent le même discours, à quelques virgules près, mais la « lutte au déficit environnemental » évoquée par Jean-François Lisée pourrait devenir un slogan rassembleur, non ?

Il faut plus qu’un débat de deux heures pour comprendre en détail les plateformes de grandes formations politiques, comme il faut plus qu’un éditorial de quelque 4000 caractères pour les vulgariser à leur juste valeur. Mais au moins, à travers les nombreux sujets débattus jeudi, chaque chef a réussi, à sa façon et dans une mesure variable, à s’adresser à plus d’électeurs.

Quant à ceux qui rêvaient d’un métro reliant toutes les municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il faudra attendre au moins jusqu’à la prochaine campagne, car unanimement, les chefs ont confirmé qu’un tel projet ne fait pas partie de leurs plans.