Nicole Bouchard est la première femme à accéder au titre de rectrice de l'UQAC.

Place à la nouvelle garde

ÉDITORIAL / L'Université du Québec à Chicoutimi a une nouvelle tête dirigeante, flanquée d'une garde presque entièrement renouvelée. Mardi dernier, c'est par le biais d'une rencontre de presse que la rectrice Nicole Bouchard a promis des changements majeurs au sein de l'institution, qui a vécu son lot de crises au cours des dernières années. Cette dernière a été de ceux et celles qui réclamaient, haut et fort, le départ de l'ex-recteur Martin Gauthier. Ceux-ci ont obtenu le pouvoir qu'ils souhaitaient, il leur appartient maintenant de faire mieux, de réinventer l'UQAC à l'image qu'ils préconisent, puis de la faire rayonner. Le fardeau de la preuve repose dorénavant sur leurs épaules.
La diversification des programmes de recherche semble être une priorité absolue pour la rectrice Bouchard. Son équipe reflète d'ailleurs cette volonté de donner à toutes les disciplines leur rapport d'influence : elle-même détient un doctorat en théologie ; la vice-rectrice aux ressources humaines Martine Rioux a longtemps oeuvré dans l'univers de la santé ; le vice-recteur à la recherche et à la création Stéphane Lefebvre a oeuvré comme professeur d'histoire ; le professeur en gestion des ressources humaines Érick Chamberland a été nommé doyen des affaires départementales ; l'ancien directeur du service aux étudiants Simon Latulipe est le nouveau registraire ; la spécialiste en droit Guylaine Boivin est désormais responsable de l'international ; l'agent de recherche Claude Gilbert a enfin été promu directeur de la planification et du développement stratégique.
« La recherche à l'UQAC doit être aussi diversifiée que les couleurs d'un arc-en-ciel », a illustré mardi la rectrice Bouchard. Visiblement, elle entretient le même sentiment à l'égard de la direction de l'université.
Entre autres critiques, la communauté universitaire reprochait à l'administration précédente de gérer l'établissement telle une entreprise, avec une vision strictement comptable, loin des préoccupations vocationnelles de l'UQAC. La nouvelle administration saura-t-elle appliquer les principes qu'elle défendait par des manifestations largement médiatisées ?
Nicole Bouchard promet une plus grande proximité avec les enseignants et une revalorisation des programmes traditionnels. Elle entend gouverner en collégialité avec ceux et celles qui sont l'âme de l'université, c'est-à-dire ceux et celles qui ont un contact immédiat avec les étudiants. Mais surtout, comme elle l'a mentionné lors de la course au rectorat, elle utilisera comme guide spirituel le rapport du comité d'autoaffirmation de l'UQAC, un document déposé en juin dernier et issu d'une réflexion impliquant une quarantaine de membres de la communauté universitaire.
Il serait impossible de résumer fidèlement le contenu de cet ouvrage en quelques paragraphes, par contre, celui-ci s'articule autour d'un fil conducteur manifeste : l'auteur Mustapha Fahmi, ex-vice-recteur à l'enseignement, à la recherche et à la création, fait état de la nécessité de situer la prise de décision le plus près possible de l'action.
Or, peut-on administrer efficacement une institution d'une telle dimension en tenant compte, en toutes circonstances, de l'opinion de tout un chacun ? Il s'agit là d'un engagement périlleux, qui risque de susciter la déception de certains enseignants qui, à tort ou à raison, ont l'impression qu'ils ont, eux aussi, les mains sur le volant.
Comme c'est le cas en politique, il est souvent plus facile de lancer des solutions lorsqu'on siège dans l'opposition. Une fois aux commandes, de multiples considérants doivent toutefois être tenus en compte et certaines décisions impopulaires s'imposent alors.
Quoi qu'il en soit, après une soixantaine de jours de règne, Nicole Bouchard projette l'image d'une dirigeante en plein contrôle de la situation, animée plus que jamais par ses promesses de cohérence, d'équité et de reconnaissance.
Il reste à espérer que ceux qui l'ont soutenue hier ne deviennent pas trop rapidement ses pires détracteurs.