Le budget déposé par Bill Morneau précise que «le gouvernement s’engage à aller plus loin et à prendre les mesures requises pour régler les difficultés liées au système de paie Phénix, y compris en annonçant son intention d’éliminer en fin de compte Phénix».

Phénix doit mourir pour de bon

ÉDITORIAL / «Le gouvernement s’engage à aller plus loin et à prendre les mesures requises pour régler les difficultés liées au système de paie Phénix, y compris en annonçant son intention d’éliminer en fin de compte Phénix».

Cette phrase dans le budget Morneau arrive trop tard, elle est trop vague, mais c’est mieux que rien. 

Ottawa a perdu le contrôle de la situation, malgré des assurances répétées aussi souvent qu’elles sont démenties par la réalité. Le nombre de dossiers «en attente de traitement», n’en finit pas encore de gonfler. 

Il y avait 272 000 dossiers en attente en mars 2017. En janvier dernier, ce nombre atteignait 633 000. 

Certes, la signature de nombreuses conventions collectives, un dossier que le gouvernement précédent avait laissé traîner, est venue aggraver les choses en multipliant le nombre de paiements rétroactifs à calculer, mais le problème est beaucoup plus fondamental. C’est la stratégie de centralisation du service qui est à la source du mal, et tant qu’on n’y aura pas remédié, il n’y a pas de véritable solution possible. 

Le système célèbre — pour ainsi dire — le deuxième anniversaire de sa mise en service ce mois-ci. On a beau compatir avec le gouvernement Trudeau, qui a hérité de ce cadeau empoisonné, cela fait maintenant trois ans qu’il est au pouvoir et son rôle est justement de régler ce genre de problèmes, aussi complexes soient-ils.

Les reportages diffusés cette semaine par Radio-Canada, sur une expérience similaire vécue dans le Queensland, en Australie, nous montrent que les dangers liés au regroupement de services à une aussi vaste échelle n’étaient pas inconnus. Ou n’auraient pas dû l’être. 

Le Queensland avait d’abord voulu centraliser l’ensemble de tous ses services en ressources humaines et financières, une expérience tentée aussi en Australie-Occidentale. Dans un cas comme dans l’autre, les initiatives ont été abandonnées après y avoir englouti des centaines de millions $. 

Au Queensland, on a malgré tout tenté de créer un service de paie centralisé pour tout le secteur de la santé, avec le même résultat. Ce qui devait coûter 98 millions $ et générer des économies récurrentes a plutôt fini par coûter 1 milliard $ pour empoisonner la vie des employés, comme le vivent ceux de la fonction publique canadienne présentement. 

Un rapport sur le projet Phénix rédigé par une firme-conseil, à la demande du Conseil du Trésor, en 2017, avait alors conclu que «très peu de personnes saisissaient le degré de complexité associé aux exigences quotidiennes visant à assurer l’exactitude de la paye». 

Il y a une leçon importante à tirer de cette observation. Les syndicats et les employés qui effectuent ces tâches quotidiennement devraient être au cœur de tout projet visant à réorganiser leur travail. Ils et elles sont trop souvent de simples observateurs. Trop de ressources et de pouvoir sont accordés aux fournisseurs de solutions, qui devraient être au service de la main d’œuvre appelée à vivre avec leurs outils. 

En novembre, l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada avait proposé au gouvernement fédéral de s’attaquer à la conception d’un nouveau système, une offre qui n’a pas eu de suite, malheureusement. Quelle que soit la solution envisagée par Ottawa, le salut ne pourra pas venir de la technologie. Il viendra d’un changement d’attitude dans la façon de concevoir et de développer les outils de la fonction publique. Les employés doivent être aux commandes eux aussi.