Marc St-Hilaire

Pas de vacances pour le virus

ÉDITORIAL / Il était temps que le déconfinement arrive, nous en avions tous grand besoin. Par contre, n’avez-vous pas l’inquiétante impression que l’approche de la saison des vacances et des barbecues entre amis, du camping et des camps de jour, a précipité un peu le retour à la normale ? Qu’on brûle certaines étapes cruciales à un atterrissage sécuritaire ? Qu’on banalise une éventuelle deuxième vague de pandémie en pelletant pas devant ?

Les derniers jours ont démontré l’impatience de la population à retrouver sa liberté et à tourner la page sur l’épisode que nous venons de traverser collectivement. Les bilans quotidiens de la Santé publique et les points de presse de François Legault ne suscitent plus le même intérêt, et tout ce qui touche la COVID-19 a maintenant une saveur de réchauffé. Les gens veulent entendre parler des commerces qui reprennent leurs activités, des camps d’été qui seront offerts, des terrasses et des sites de villégiature qu’on espère voir éclore au rythme des bourgeons. J’en suis, d’ailleurs.

Car non seulement avons-nous été confinés physiquement, notre cerveau aussi a été contraint à une assignation à domicile depuis la mi-mars. Mais le temps chaud a souvent l’effet hypnotisant des chants de sirènes, clairement plus attractifs que le bruit des enfants dans la maison en pleine séance de télétravail.

Le Québec est écœuré de ne rien faire et il est prêt à plusieurs compromis pour sortir de son hibernation forcée. Il a envie de gratter du Paul Piché ou du Orloge Simard autour d’un feu de camp. Il a soif d’une bonne « frette » entre amis. Il a envie de voir du monde.

Mais, au risque de casser le party, nous sommes encore loin d’en avoir terminé avec la pandémie.

Oui, il y aura certains camps de jour qui ouvriront leurs portes aux enfants, mais l’expérience sera complètement différente dans le contexte actuel. Il y aura du camping, mais encore là, ce sera différent. Nous mangerons à l’extérieur de la maison, mais selon des règles définies.

Combien de temps sommes-nous prêts à respecter une telle discipline, collectivement comme individuellement ? C’est elle, la question qui fait peur. N’y a-t-il pas une expression qui suggère que lorsque tu donnes un pouce à quelqu’un, ce dernier en prend un pied ?

Le virus, lui, ne prendra pas de pause estivale. Qu’on veuille en entendre parler ou non. Il continuera de se propager comme il le fait depuis son apparition : sautant d’une personne à l’autre dès qu’il en a l’occasion. Et ne doutez jamais de son efficacité à se propager, il lui a fallu quelques mois à peine pour s’étendre sur toute la planète.

La période des vacances n’a jamais été attendue avec autant d’impatience. Ceux qui ont travaillé pendant la crise sont à bout de souffle pour la plupart. Les autres, enfermés entre quatre murs, n’en peuvent plus de cette oisiveté qui leur a été imposée. Or, l’impatience est bien souvent mauvaise conseillère. Et freiner l’enthousiasme des gens en cette période de déconfinement ne sera pas une tâche facile pour les autorités, si la situation se détériore.

Présentement, malgré les mesures qui demeureront en place, nous avons toute la corde nécessaire pour nous pendre collectivement. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit dans le nord-est du Nouveau-Brunswick cette semaine alors que le gouvernement provincial a dû revoir son plan de déconfinement en raison d’une émergence de cas de COVID-19. C’est pourquoi il est crucial de conserver les bonnes habitudes acquises pendant le confinement, même dans les situations où tout est propice au relâchement. Car s’il est une chose qu’il ne faut jamais oublier, c’est pourquoi nous avons parcouru tout ce chemin : sauver la vie de nos plus vulnérables, nos aînés en l’occurrence.