Oublier, une maison à la fois

ÉDITORIAL / Encore une !

La démolition de la Maison Riverin, sise sur la rue Montcalm, dans l’arrondissement de Chicoutimi, la semaine dernière, rappelle de mauvais souvenirs aux plus âgés de la ville et doit servir de leçon aux plus jeunes.

Parce que cette décision a suivi exactement le même modus operandi que les autres grandes et graves erreurs du passé en matière de conservation du patrimoine, lesquelles ont contribué, un coup de Jarnac à la fois, à faire disparaître non seulement l’histoire, mais aussi notre architecture.

Comme Saguenay et Chicoutimi ne sont pas Québec ni même Trois-Rivières à ce chapitre, il est d’autant plus important et pertinent de sauver le peu qu’il reste du savoir-faire de nos prédécesseurs. Il y a des maisons qui parlent et qui témoignent de l’histoire, de sa grandeur et aussi de sa petitesse, et qui ne doivent pas céder au pathétique concept de l’obsolescence, si riche à notre époque.

Quand des critiques évoquent la vision d’avenir comme l’une des principales qualités que devraient posséder ceux qui nous dirigent, élus comme fonctionnaires, on en rit presque ou du moins, on feint de l’ignorer. Avec le résultat que notre société dite civilisée et moderne a laissé détruire au cours des 50 dernières années une grande partie du patrimoine bâti de la ville.

Qu’il suffise d’énumérer les dizaines de maisons qui étaient en lieu et place de l’arrivée du pont Dubuc, au sud, la Maison Truchon, en pleine nuit, au coin de Racine et Hôtel-de-Ville, au début des années 80, la Maison Crevier  (et Lévesque) pour faire place au Manoir Champlain, celle du docteur Angers avec son immense galerie, avant la construction du palais de justice, et encore plus éloignées, celles de Peter McCleod, à Rivière-du-Moulin, et de la famille Gagnon (Gagnon & Frères), au coin de Jacques-Cartier et Hôtel-Dieu.

Qui ne se souvient pas du Théâtre Capitol, sur la rue Racine, beauté architecturale avec ses plafonds de boiserie, qui a croulé sous le pic des démolisseurs dans les années 90, même si des historiens tels Éric Tremblay et Jérôme Gagnon ont installé une banderole sur le toit portant l’inscription : « Patrimoine en perdition » pendant qu’un certain jeune étudiant, du nom de Sylvain Gaudreault, faisait le guet en bas ! Le promoteur, de la famille Murdock, avait reconnu sa bêtise quelques années plus tard et tenté de compenser par la construction de la Salle Murdock, à la bibliothèque de Chicoutimi.

Ces exemples ne datent pas de l’Avant-guerre, mais des années 50, 60, 70, 80, 90 et 2000. Et il y en aura encore en 2020 et en 2030, pourquoi pas ! Ces démolitions ont quelques points en commun, comme la passivité des défenseurs des intérêts du peuple, aussi appelés les élus, et des promoteurs trop pressés de passer à autre chose.

Des élus encore en place, tels Marc Pettersen et Simon-Olivier Côté, pas plus tard que le 15 mai 2017, ont approuvé le projet de disparition de la Maison Riverin, une résolution votée à l’unanimité par le conseil d’arrondissement. À la décharge de Josée Néron, alors conseillère, il faut préciser qu’elle était absente au moment du vote. Même Jacques Fortin, directeur du Musée de La Pulperie, a voté pour.

Il y a une leçon à retenir pour les élus ; l’histoire finit toujours par rattraper les acteurs concernés, tôt ou tard. Alors, avant de voter, prenez le temps de mesurer la portée de vos décisions.

Plus récemment, la disparition de l’église Fatima, d’une architecture plus récente, bien sûr, illustre que l’histoire se répète et que R-I-E-N ne semble vouloir arrêter ceux qui font maison nette du passé, à part quelques voix discordantes comme celle la députée péquiste Mireille Jean. Celle-ci a dénoncé la semaine dernière dans les pages du Progrès l’absence de volonté politique. Comment ne pas lui donner raison ?

La mairesse Néron a pris l’engagement de remédier à la situation, elle qui est la fille d’un ingénieur civil qui a laissé sa marque dans la ville. Espérons qu’il ne s’agit pas que de prières, parce qu’il y aura bientôt de moins en moins de croyants !