La nouvelle ferme aviaire de Saint-Bruno accueille 22 000 oiseaux. Un agrandissement est déjà prévu afin d'élever 10 000 poules supplémentaires.

Nutrinor, chef de file

ÉDITORIAL / La coopérative Nutrinor continue d'accentuer son importance au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans une économie fragile, bousculée par les diktats de la mondialisation, Nutrinor démontre ce qu'il est encore possible de faire quand vous maîtrisez votre destin.
Son dernier projet d'élevage de poulets sans antibiotique démontre jusqu'à quel point elle est bien de son temps et comment elle va à l'encontre des tendances sous influence des productions à l'échelle industrielle.
Dans son édition de lundi, Le Quotidien, sous la plume de la journaliste Katerine Belley-Murray, fait le point sur le projet de la coopérative d'élevage de poulets et de production d'oeufs, version 2017. Nutrinor répond carrément à l'inquiétude des consommateurs face aux vices cachés et aux « petits caractères » sur les produits alimentaires. Elle est devenue le leader québécois chez les éleveurs de poulets en bannissant l'usage d'antibiotique et en améliorant les conditions d'élevage.
Occupation
En plus d'avoir un impact certain en offrant un autre choix aux consommateurs soucieux de leur santé, Nutrinor joue aussi son rôle dans l'occupation du territoire en s'assurant que les terres régionales demeurent entre les mains de producteurs locaux. Pour éviter de s'écarter de sa mission, Nutrinor n'acquiert pas de terres, mais ses projets aident des producteurs à vivre de celles-ci et ainsi les conserver.
À 100 pour cent régional, Nutrinor a aussi eu le courage et la bonne idée de rassurer le consommateur, au début de l'année, en affirmant qu'elle n'utiliserait pas le lait diafiltré américain dans ses produits transformés. Le virage santé remonte à quelques années, alors qu'elle a lancé une production de lait biologique boréale, qui est devenu très populaire au Québec. Son lait nordique (au-delà du 48e parallèle) occupe 25 pour cent du marché bio au Québec, ce qui constitue un retentissant succès.
La transformation du lait fait partie d'un des quatre créneaux sur lesquels la coopérative se concentre : l'agroalimentaire, l'agriculture, la quincaillerie et l'énergie. C'est par là que la croissance passe et c'est aussi ainsi qu'elle a amélioré son bilan. Il faut se souvenir qu'au tournant des années 2000, elle a traversé une période de turbulence qui avait de beaucoup hypothéqué sa capacité à investir.
Avec un chiffre d'affaires de 400 millions $ annuellement, quelque 600 emplois directs et des ristournes de deux millions $ à ses membres, Nutrinor est un joyau dont les Jeannois et les Saguenéens devraient être fiers. Depuis 2009, la croissance est constante. Plusieurs acquisitions ou participations ont solidifié des entreprises déjà existantes : Charcuterie Perron, en 2009, Charcuterie L. Fortin, en 2013, Fromagerie Perron, en 2015 et Fromagerie Champêtre de Repentigny, en 2017.
Impact
À toutes les fois que Nutrinor, comme d'autres transformateurs régionaux d'ailleurs, augmente sa capacité de production et lance de nouveaux produits, c'est du lait qui n'a pas besoin d'être acheminé à l'extérieur. Et il y a encore beaucoup de potentiel en regard de la qualité totale de lait produit, soit 150 millions de litres, et de lait transformé, quelque 80 millions de litres.
Dans le plan triennal en cours, 2016-2019, Nutrinor doit investir 65 millions $, ce qui n'est pas négligeable dans le contexte économique régional. De l'argent de chez nous investi ici, qui crée des emplois et des activités dans la région.
La coopérative fait également face à de grands défis. La volonté des Américains d'ouvrir le marché canadien constitue sans doute la plus grande menace. Le consommateur devrait aussi savoir que la production locale comporte de grands avantages comme celui de la qualité, de l'expertise et de l'affirmation de notre savoir. Nutrinor, avec les St-Laurent, Boivin et Laiterie La Baie et tous les autres, méritent tout le soutien des consommateurs régionaux.