Nous sommes la forêt

ÉDITORIAL / Vendredi, c’est à Montréal qu’une soixantaine d’intervenants issus de toutes les sphères socioéconomiques du Québec se sont unis autour d’une même cause : la valorisation de notre forêt boréale, dans une optique de développement durable. Pourquoi Montréal, loin des épinettes et des maringouins, direz-vous ? Parce que c’est dans les grands centres, loin de la réalité, que les gens sont le plus susceptibles d’adhérer au contre-discours démagogique des Greenpeace de ce monde. Pour une fois, ce sont les représentants du Québec tout entier qui, d’une seule et même voix, invitent la population à comprendre la forêt sous tous ses angles, à se l’approprier et à en être fière.

Dans le cadre d’une rencontre de presse qui avait lieu à la Maison des régions, les membres du Collectif pour une forêt durable ont signé une déclaration commune selon laquelle « l’aménagement de nos forêts est ancré dans les principes du développement durable, afin d’offrir aux générations de demain les avantages environnementaux, économiques et sociaux qu’il procure ». Ça nous change des affrontements auxquels nous étions habitués, alors que les industriels devaient constamment se défendre des accusations des groupes environnementalistes. Dans un tel choc idéologique, il est tout à fait normal que les gens soient tentés de pencher en faveur des grands prêtres de l’environnement, au détriment de l’exploiteur privé supposément responsable de tous les maux de la Terre. L’écho du documentaire L’erreur boréale, de Richard Desjardins, résonne encore dans la collectivité, près de 20 ans après sa première diffusion.

Pourtant, l’exploitation forestière fait partie de l’ADN du Québec, incluant la métropole. Ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, elle est non seulement un pilier de l’économie, mais aussi une source de fierté pour ceux et celles qui en dépendent le plus : les travailleurs. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui sont au cœur de la campagne de sensibilisation lancée vendredi à Montréal.

Il faut aller en forêt pour constater à quel point le bûcheron d’antan a évolué. Or, comme l’a précisé le président de la FTQ, Daniel Boyer, « les préjugés sont tenaces et nos membres sont parfois blessés par la perception qu’une marge de la population des grands centres urbains exprime face à l’industrie forestière ».

Mais quand l’industrie réussit à s’adjoindre le gouvernement, les centrales syndicales, plusieurs établissements d’éducation supérieure dont l’UQAC, l’Union des municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités et l’organisme Jour de la Terre, dont la mission est d’aider les personnes et les organisations à réduire leur impact sur l’environnement, c’est peut-être parce que tous sont conscients de l’importance d’informer les gens sur ce qui se passe réellement au cœur de la forêt québécoise. Tous ces gens peuvent-ils être dans l‘erreur ou pire, les complices d’une industrie délinquante ? Non.

Vendredi, une soixantaine d’organisations ont réitéré en chœur qu’ici, au Québec, la forêt est exploitée de façon responsable, dans le respect des grands principes du développement durable. Car, si ce discours est déjà admis dans les régions productrices, là où les chercheurs travaillent de pair avec les compagnies, il est encore loin de faire consensus à l’échelle nationale.

Cette campagne est une invitation au peuple québécois, afin qu’il soit fier des pratiques forestières qui sont réalisées ici et qu’il rejette le discours alarmiste et culpabilisateur des opposants à l’exploitation forestière. Parce que, dans la vraie vie, c’est nous tous qui sommes la forêt ; pas eux.