Nous sommes capables

ÉDITORIAL / La polarisation que suscite le projet de GNL Québec nous ramène en plein visage l’importance d’une structure régionale inclusive, représentative de notre immense territoire et de ses collectivités. L’inacceptable abolition de la Conférence régionale des élus, en 2016, a créé un vide que nul n’a été en mesure de combler. Des chasses gardées se sont formées, des sous-groupes se sont créés et, naturellement, les gens se sont braqués dans leurs certitudes. Et aujourd’hui, l’éclatement fait mal.

La Conférence régionale des élus (CRÉ) rassemblait dans une même enceinte nos élus des quatre coins de la région, mais également des représentants de la société civile (syndicats, monde des affaires, organismes environnementaux et sociaux, industrie du tourisme), nos cinq députés provinciaux et le Conseil de bande de Mashteuiatsh. Sans doute la CRÉ a-t-elle été le théâtre de chocs de valeurs et d’idées lors de plénières mouvementées ; assurément, il y a eu des conflits à l’interne. Certains ont boudé la structure à l’époque, notamment l’ex-maire de Saguenay Jean Tremblay, mais dans l’ensemble, lorsqu’un dossier passait le test de la CRÉ, il pouvait être porté jusqu’aux plus hautes instances avec le sceau de la concertation régionale.

Il serait intéressant de savoir quelle position aurait pris la CRÉ quant au projet de GNL Québec. La société civile aurait-elle endossé un appui inconditionnel ? Les instances syndicales auraient-elles adhéré aux prétentions du promoteur, en ce qui a trait à la création d’emplois ?

Répondre à ces questions ne serait que pure spéculation, mais une chose demeure absolument certaine : il y aurait eu un débat impliquant tout ce beau monde, dans un environnement balisé et moins propice aux dérapages. Mais par-dessus tout, les discussions auraient été nourries d’informations validées par le personnel de la CRÉ.

Présentement, tous travaillent uniquement en fonction de leurs intérêts. De part et d’autre, les intervenants étayent leur argumentaire d’éléments qui s’inscrivent dans leur ligne de pensée, puis occultent les faits qui sont défavorables à leur cause. Qu’une information soit pertinente ou non importe peu en ce moment, tant qu’elle s’imbrique convenablement dans le discours. Compte tenu du caractère émotif du débat, un éventuel consensus est peu probable. Car rarement la lumière jaillit-elle du chaos.

Le constat ainsi présenté, que faisons-nous maintenant ? Sommes-nous suffisamment matures, en tant que société régionale, pour prendre acte de nos échecs et faire en sorte que ceux-ci ne se reproduisent pas ?

Cette question mérite qu’on s’y attarde puisque jamais, dans l’histoire moderne, le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’a eu à se prendre en main de façon autonome, sans l’aide paternelle du gouvernement. Il y a eu la CRÉ, mais avant elle une brochette d’organisations imposées à la région, clé en main. Nous n’avions qu’à suivre le mode d’emploi.

Lançons ici l’idée : sommes-nous en mesure de nous doter de notre propre table de débats ? De l’accompagner d’une équipe de professionnels qui analyseraient les différents dossiers régionaux et qui appuieraient, de façon objective, la réflexion de nos représentants ?

Ne nous berçons pas d’illusions : le gouvernement Legault ne souhaite aucunement commanditer une telle démarche. Les libéraux encore moins, puisque ce sont eux qui ont aboli les CRÉ.

Par contre, il ne fait aucun doute que nous sommes capables de nous réunir afin de parler d’une même voix au nom de notre région, avec toutes ses différences et ses enjeux distincts. Nous sommes capables de miser sur nos institutions, l’UQAC en tête, pour assurer notre développement. Nous sommes capables de montrer au reste du Québec que nous pouvons nous structurer sans que ce soit imposé par l’État. Nous sommes capables de mettre un terme au chaos, aux extrêmes et à la division.

Nous sommes capables.