Nous prend-elle pour des Pogos ?

ÉDITORIAL / Un bon se taire vaut mieux qu’un fou parler. Voilà un vieux dicton d’origine française que devrait appliquer la chef parlementaire de Québec solidaire, Manon Massé, qui vient de choisir la motoneige comme objet de croisade.

Dans un article publié par le Journal de Québec, mardi, la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques invite les adeptes de ce sport hivernal à se tourner vers des activités moins polluantes, au nom de l’urgence climatique. Sans doute, ce genre de proposition spontanée et irréfléchie trouve-t-elle bon entendeur sur le Plateau-Mont-Royal, là où certains n’ont jamais vu une motoneige. Or, dans une région comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la motoneige est bien plus qu’un engin muni d’une chenille et de skis. La motoneige, ici, c’est une industrie qui engendre plus de 100 millions de dollars de retombées économiques chaque année. Elle est également un vecteur capital de notre stratégie de développement touristique, lequel existe grâce au dévouement de centaines de bénévoles et d’employés, qui, chaque jour, s’affairent à entretenir quelque 3851 kilomètres de sentiers.

Mais, pour Manon Massé et Québec solidaire, la motoneige se résume à une inutile combustion d’hydrocarbures. Pour cette raison, c’est toute l’industrie qui devrait être rayée de la carte. Venant d’une personne qui aspire à la fonction de première ministre du Québec, une réflexion aussi unidimensionnelle laisse perplexe.

Si au moins elle avait pris la peine d’analyser les efforts titanesques déployés par les manufacturiers afin d’adapter leurs technologies respectives aux règles environnementales ? En tête de lice, Ski-Doo, une division de Bombardier Produits Récréatifs (BRP), dont le siège social est établi à Valcourt (Québec), a réussi à mettre au point le moteur 2-temps à injection directe E-TEC, après avoir acquis les brevets de l’américaine Evinrude-Johnson, au début des années 2000. Ce moteur est aujourd’hui une référence mondiale en matière d’efficacité et de fiabilité, surpassant toutes les exigences de l’EPA, l’agence responsable d’établir les normes environnementales aux États-Unis. Selon les prétentions de BPR, les moteurs E-TEC de nouvelle génération produisent « jusqu’à 75 % moins d’émissions d’hydrocarbures, d’oxyde d’azote et de monoxyde de carbone que la concurrence ». Pourrait-on applaudir cette compagnie québécoise et l’encourager à faire encore mieux, plutôt que de prôner, sur la place publique, l’abandon de ses produits ?

Sans doute, une randonnée de motoneige est-elle plus polluante qu’une excursion à raquettes ou qu’une expédition de canot-camping. Mais comment peut-on ne considérer que l’aspect environnemental sans tenir compte de toutes les autres variables de l’équation, de notre industrie touristique, des retombées économiques, de BRP et de tous ses employés ?

Manon Massé a beau faire partie de la deuxième opposition à l’Assemblée nationale, il demeure qu’elle jouit d’un grand pouvoir d’influence auprès de ceux et celles qui adhèrent à ses idées. Son rôle d’élue et de chef de parti lui impose de grandes responsabilités, et l’une d’elles est de prendre position sur des sujets qu’elle a pris soin de maîtriser.

Le passé nous a démontré à quel point les industries, aussi imposantes soient-elles, demeurent vulnérables lorsque des personnalités publiques décident de s’y attaquer. L’exemple du chanteur Richard Desjardins est éloquent, alors qu’avec son documentaire L’erreur boréale, il a su ébranler toute l’industrie forestière québécoise.

Il aurait été plus sage que la chef de Québec solidaire prenne acte de l’importance de la motoneige au Québec avant de sermonner ceux et celles qui en ont fait leur loisir de prédilection. Peut-être aurait-elle alors élaboré un argumentaire plus étoffé, susceptible de changer certains comportements.

Malheureusement, ce n’est pas ce qu’elle a fait et au lieu d’initier une réflexion porteuse, elle a engendré une tempête.

C’est ce qui arrive lorsqu’une personne estime qu’une catégorie de gens ne valent guère mieux que des Pogos congelés.