Le comité exécutif de Saguenay soumettra la candidature d'Alain Girard comme vérificateur général.

Nomination incohérente

ÉDITORIAL / Le comité exécutif de Saguenay a fait son choix et soumettra, lundi, la candidature d'Alain Girard comme vérificateur général, une fonction que le comptable a déjà assumée au début des années 2000. Comme la première fois, il s'agira d'un mandat de sept ans, au cours duquel il aura à s'assurer que l'administration municipale travaille dans le meilleur intérêt des citoyens. Malgré les confidences troublantes de l'ex-vérificatrice Rina Zampieri, malgré les demandes répétées pour que le prochain responsable fasse l'objet d'un processus de sélection ouvert et transparent, malgré aussi le fait que l'article 107 de la Loi des cités et villes stipule que le contrat d'un vérificateur général ne peut être renouvelé, le maire Jean Tremblay est demeuré intraitable et a identifié, avec ses plus proches alliés, celui qu'il estime le plus apte à agir tel le gardien d'une saine gestion publique.
À moins que plus du tiers des 19 conseillers municipaux de Saguenay s'opposent à la nomination d'Alain Girard ou à la façon dont il a été désigné, sans appel de candidatures, la suggestion de l'exécutif sera entérinée.
Sans rien enlever aux compétences et à l'objectivité de M. Girard, l'exercice qui est sur le point de se conclure laisse un goût amer. Dans une missive adressée à l'ensemble de ses homologues du Québec, Rina Zampieri a affirmé que des dirigeants de la Ville sont intervenus dans son travail, l'invitant à ne pas se pencher sur l'état du réseau routier de la municipalité. Elle dit également qu'on lui a imposé une adjointe et que ses dernières recommandations ont été plagiées par celui qui a assuré l'intérim après son départ et qui se trouve être Alain Girard.
À la lumière de ces déclarations, comment peut-on fermer les yeux et laisser la Ville agir comme si rien ne s'était passé? Les conseillers élus, représentants de leurs citoyens, ne devraient-ils pas réclamer plus de transparence? Et à Québec, n'a-t-on tiré aucune leçon des événements qui se sont déroulés à Laval et qui ont permis à un maire, Gilles Vaillancourt, de détourner plus de 8 millions de dollars sans jamais être suspecté?
Le ministre Martin Coiteux, titulaire des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, avait tout le temps nécessaire pour modifier la loi afin qu'elle impose, à Saguenay comme dans toutes les autres villes de plus de 100 000 habitants, un processus plus rigoureux et moins propice à la suspicion. Le député Serge Simard, un ancien conseiller municipal de Saguenay, avait tout le temps nécessaire pour convaincre son gouvernement de la nécessité d'une telle intervention. Le premier ministre Philippe Couillard lui-même, par le biais des revues de presse quotidiennes qui lui sont fournies par son bureau de Roberval, a eu tout le temps nécessaire pour saisir l'ampleur du malaise entourant la succession de Mme Zampieri.
Pour le gouvernement, il n'est toutefois pas trop tard pour corriger la situation et mettre fin à ces embauches laissées entre les mains de ceux qui feront l'objet de vérifications. En moins d'une semaine, avec la collaboration des partis de l'opposition, la loi peut aisément être modifiée.
Être vérificateur général d'une municipalité requiert une indépendance absolue et un mandat ferme de la part des plus hautes instances gouvernementales. Uniquement dans ces conditions, la personne qui occupe le poste pourra exercer son devoir sans risque d'être influencée par qui que ce soit. Le mandat qui doit être confié lundi s'étirera, rappelons-le, jusqu'en décembre 2023, bien au-delà de la retraite politique du maire Jean Tremblay.
Il y a fort à parier que même les vérificateurs municipaux, dans leur for intérieur, préfèreraient être déployés par l'État plutôt que d'être choisis par ceux et celles dont ils devront évaluer le travail. Les révélations récentes de Rina Zampieri sont gages de toute l'incohérence de la politique d'embauche actuelle.
La prochaine semaine nous en dira long sur l'importance qu'accordent les élus, municipaux et provinciaux, à l'institution qu'est le vérificateur général.