Josée Néron

Néron et le fardeau de la preuve

ÉDITORIAL / Le véritable test de Josée Néron débute la semaine prochaine, avec la refonte de Promotion Saguenay à l’image de la nouvelle administration municipale. En campagne, la mairesse s’est engagée à faire le ménage et à implanter une culture de transparence au sein de l’organisation, dont le mandat est d’animer le développement de la capitale régionale. C’est d’un grand coup de balai qu’elle a remercié Ghislain Harvey, qu’elle a commandé une enquête et qu’elle s’est départie du conseil d’administration. Maintenant qu’il ne reste plus que la coquille, l’heure est venue pour elle de refaire l’intérieur de Promotion Saguenay. Fille d'ingénieur, Josée Néron sait mieux que quiconque que c’est à partir du produit final que son œuvre pourra être appréciée. Le fardeau de la preuve repose désormais sur ses épaules.

La mairesse Néron a imposé des changements majeurs à l’organisation : des administrateurs sélectionnés par les élus municipaux, un directeur général répondant de l’hôtel de ville plutôt que du conseil d’administration de Promotion Saguenay, des mandats de deux ans renouvelables une seule fois… Bref, l’administration de Promotion Saguenay sera complètement renouvelée au rythme des élections municipales. Danger !

Plus démocratique et transparent que l’ancienne mouture ? Au premier coup d’œil, oui, parce que le conseil est majoritairement composé d’indépendants. Mais ainsi remodelée, l’organisation est loin d’être à l’abri de redevenir un outil partisan, si les électeurs redonnent les clés de la Ville à un parti. Sa constitution peut aussi être la source de divisions entre les arrondissements, qui exigeront sans doute une représentativité équitable à la table des administrateurs.

Par ailleurs, il faudra voir à quel point le futur directeur général aura les coudées franches dans ce contexte de gouvernance. Sera-t-il un gestionnaire, un visionnaire ou un exécutant qui devra constamment se référer aux élus ou — dans le pire des scénarios — à la haute fonction publique de la Ville ?

Malgré les reproches qui ont été formulés à l’endroit de Ghislain Harvey et de l’ex-maire Jean Tremblay, Promotion Saguenay est à l’origine de plusieurs réalisations notables telles que l’avènement des croisières internationales à La Baie (sur le plan touristique du moins), ainsi que la venue de Nordia à Jonquière et d’Ubisoft à Chicoutimi. L’eau du bain était vraisemblablement contaminée — le rapport du vérificateur ministériel nous le dira sous peu —, mais il serait dommage que le bébé ait été évacué avec elle dans le cadre de cette purge. Parfois, juste un peu de chlore suffit pour remédier à la situation.

L’organisation et son directeur doivent disposer des outils nécessaires pour flairer les occasions qui permettront à Saguenay de s’épanouir à travers les tendances de demain, l’innovation, le savoir et l’intelligence artificielle. Promotion Saguenay doit offrir à ses interlocuteurs l’assurance d’une confidentialité absolue et être perçue telle une structure aussi solide que crédible.

Et tout ça ne pourra être mesuré qu’à partir d’une seule variable : les résultats.

La petite CRÉ
Le Promotion Saguenay de Josée Néron ne sera ni un Boy’s club ni un organisme occulte ou tentaculaire. Pour reprendre les termes de la mairesse, publiés mardi dans nos pages, ce sera « une petite Conférence régionale des élus (CRÉ) municipale axée sur le développement de la ville, mais aussi de la région ». La défunte CRÉ avait comme principale qualité de donner une voix aux localités moins populeuses, à la société civile et à différents groupes d’influence qui reflètent notre société. Sa disparition est une immense perte pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais son modèle est-il compatible à la mission originelle de Promotion Saguenay ? On peut en douter. Il faudra six mois, un an, peut-être deux, avant de connaître la réponse.

En attendant, il sera intéressant d’observer l’évolution du plan Néron ; un plan qu’elle a officiellement épousé pour le meilleur et pour le pire.