Pour les personnes qui ont des contraintes sévères à l’emploi, Québec a décidé de hausser leurs prestations. Leur revenu annuel passera de 12 749 $ à un peu plus 18 029 $. Sur les 3 milliards $ consacrés au plan d’ici 2023, 1,25 milliard $ serviront à cette fin.

Moins pauvre en travaillant?

ÉDITORIAL / Pour le gouvernement Couillard, l’emploi demeure la meilleure voie de sortie de la pauvreté. Ce sera plutôt un cul-de-sac si les emplois sont précaires, de mauvaise qualité et si des efforts importants et constants ne sont pas déployés pour soutenir les milieux défavorisés et accroître les compétences des personnes qui recourent à l’aide sociale ou travaillent au salaire minimum.

À la lecture du «Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale 2017-2023. Un revenu de base pour une société plus juste», présenté dimanche par le gouvernement, il ne fait aucun doute que la rareté de la main-d’œuvre a guidé le troisième plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Pour les personnes qui ont des contraintes sévères à l’emploi, Québec a heureusement décidé de hausser leurs prestations. Leur revenu annuel passera de 12 749 $ à un peu plus 18 029 $. Sur les 3 milliards $ consacrés au plan d’ici 2023, 1,25 milliard $ serviront à cette fin.

Pour les autres bénéficiaires du soutien étatique, l’enrichissement passe par le travail. Leur prestation de base annuelle sera augmentée, mais de peu. Une personne seule touche présentement 9389 $ par an. En 2023, ce sera 9929 $.

«Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, les actions gouvernementales en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale doivent favoriser la participation au marché du travail du plus grand nombre de personnes qui ont la possibilité d’occuper un emploi.» Un objectif noble et louable qui nécessite toutefois que certaines conditions soient réunies pour que tous y gagnent.

Plus tôt cet automne, les directeurs régionaux de santé publique de Montréal et de la Montérégie avaient tiré la sonnette d’alarme sur certains aspects pervers du programme Objectif emploi. Ils soutenaient que l’accès à un emploi ne garantit aucunement la sortie de la pauvreté. 

«Plus d’un employé québécois sur 8 ne retire qu’un bas salaire de son travail et cette situation affecte particulièrement les jeunes […].» Les directeurs notaient aussi que la majorité des personnes qui fréquentent les banques alimentaires reçoivent un salaire.

En novembre, neuf fondations invitaient également le gouvernement à déployer des actions diversifiées au-delà du soutien à l’emploi. «L’économie est en progression, les finances publiques sont équilibrées, le chômage atteint un plancher historique. Mais, bien qu’extrêmement important, l’emploi ne saurait constituer l’unique critère de progrès.» Le collectif rappelait l’importance des services publics.

L’efficacité d’un plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale ne peut se mesurer uniquement au nombre de prestataires d’aide sociale et à ceux d’entre eux qui dénichent un emploi. Si l’emploi est de piètre qualité, si le logement gobe une part trop importante du budget, si les services de garde sont inexistants, trop coûteux ou trop peu flexibles, si le transport collectif est déficient et onéreux, le retour en emploi ne permettra pas à un individu d’améliorer son sort. Et ce, même si Québec accorde un boni de 1000 $ aux anciens prestataires d’aide sociale qui conservent un emploi.

Les services à la petite enfance et le réseau scolaire ont aussi un rôle crucial à jouer. C’est très bien que Québec offre aux prestataires d’aide sociale 5 jours de services de garde gratuits et non seulement 2,5 jours. Encore faut-il que ce soit dans des services de garde éducatifs dont le personnel est adéquatement formé. Le Conseil supérieur de l’éducation a aussi fait le constat que l’école québécoise est la plus inégalitaire au Canada. On ne peut prétendre lutter contre la pauvreté et l’exclusion sans corriger cette situation.