Denis Bouchard

Merci pour tout !

ÉDITORIAL / Sans doute par déformation professionnelle, je n’ai jamais aimé m’adresser aux lectrices et aux lecteurs au « je ». L’esprit du journalisme commande que les sujets et les idées, dans le cas d’un éditorial, soient en avant et au-dessus de l’auteur.

Il est cependant difficile d’évoquer ce privilège d’informer les Jeannois et les Saguenéens pendant 41 ans sans le faire à la première personne du singulier.

À plus forte raison quand vient le temps de vous remercier.

Vous dire merci au sens étymologique du terme, qui réfère à une faveur et à une grâce que vous m’avez accordées.

J’ai annoncé le 26 juin dernier que j’avais choisi ce moment pour mettre un point à ma carrière, jugeant qu’il était temps de passer à autre chose, de donner l’occasion à la relève d’émerger et de mieux faire, et de créer un nouvel élan au sein du Quotidien et du Progrès.

Informer une région est une mission noble que j’ai essayée de mener avec dignité, respect, probité, équilibre et objectivité. Une mission, oui, mais surtout une vocation au sens propre du terme, comme entrer dans les ordres.

Cette carrière m’a fait aimer plus que jamais « ma » région, avec ses qualités et ses défauts, ses grandeurs et ses faiblesses. Quand on aime avec sincérité, il est permis de critiquer avec pertinence.

Cette région n’est pas faite que de forêts, de prés, de lacs, de rivières, de montagnes et de paysages. Elle est aussi la somme de sa population. À chacune des étapes de ma carrière, j’ai appris à découvrir des gens, des maires, des préfets, des syndicalistes, des fonctionnaires – quand il était encore permis de leur parler –, des entraîneurs, des athlètes, des artistes, des promoteurs, des professeurs, etc.

Souvent attachants, parfois maladroits, mais la plupart du temps dévoués. Des humains engagés pour le bien public, en majorité, qui ont jalonné mes quatre décennies de carrière. En nommer un, dix, cent ou mille en laisserait encore plus de côté. La tentation est forte puisque certains et certaines m’ont marqué plus que d’autres.

Ces personnes enseignent la vie, ouvrent des horizons, enrichissent la réflexion et contribuent à faire comprendre ce qui anime les femmes et les hommes qui sont à l’avant-scène. Ils ont fait en sorte qu’aucune, mais vraiment aucune journée de mes 41 dernières années n’a été pareille. Une vie dans le laboratoire de la réalité.

Il y a aussi tous les collègues que j’ai côtoyés, de mes premiers pas dans le métier, des plus « vieux » bienveillants, qui observent l’arrivée d’un plus jeune avec le sourire en coin – et la cigarette aussi ! –, comme s’ils savaient ce qui l’attend, jusqu’à aujourd’hui, où la jeune génération nous rappelle qu’il y a un toujours un fossé, mais aussi des ponts.

Les changements technologiques ! C’est une incroyable odyssée pour un journaliste qui a commencé sur une Underwood, une machine à écrire. D’ordinateur en ordinateur, de logiciel en logiciel, en passant par Internet, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, l’information atterrit maintenant sur vos téléphones intelligents. Beaucoup de changements, de plus en plus vite, une nouvelle technologie qui en tasse une autre. C’est de ça qu’ont été faits mes 41 ans.

Mais la passion n’a jamais été altérée pour autant. Une autre chose qui n’a pas changé : votre soif, à vous lecteurs et lectrices, de savoir. Vos réactions sont un stimulant pour un journaliste, même si ces temps-ci, nous devons vivre avec le côté sombre des réseaux sociaux.

Enfin, l’amour de cette grande institution qu’est le journal, sa contribution à la région et sa présence nécessaire. Un journal à la croisée des chemins que la région a la chance de se réapproprier dans sa formule coopérative. Les artisans d’aujourd’hui oeuvrent corps et âme pour la poursuite de la mission.

Même si vous êtes toujours là, en plus grand nombre par surcroît, il y a un chaînon manquant. Il y a un prix à l’information et à la démocratie. Votre journal local est un merveilleux outil pour ça, qu’il faut soutenir collectivement.

Merci encore !