Mener les bons combats

ÉDITORIAL / À l’unanimité, les députés de l’Assemblée nationale ont récemment réclamé la mise en place d’un rapport d’impôt unique au Québec, une idée que le gouvernement fédéral a rejetée à 191 voix contre 80. Le sujet pourrait être débattu sous tous les angles dans une perspective nationale, mais en l’abordant strictement d’un point de vue local, il y a lieu de se demander comment certains députés du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont pu soutenir une telle démarche, susceptible de mettre en péril un millier d’emplois au Centre fiscal de Jonquière.

Le plan du premier ministre du Québec, François Legault, prévoyait qu’avec les économies réalisées, il serait possible de créer de nouveaux emplois dans la fonction publique, en Éducation par exemple, afin de compenser ceux qui disparaîtraient à Jonquière ainsi que dans les autres établissements fédéraux dédiés aux données fiscales. Or, entre les vœux pieux et la réalité, il y a souvent un monde. Et ça, tous les députés de la région devraient en être pleinement conscients.

Peut-être Québec serait-il en mesure de combler les 1000 emplois de Jonquière, peut-être même les quelque 5300 répartis sur le territoire de la province, mais avons-nous la certitude que chacun de ces « nouveaux » postes seront créés dans les régions où sont installés les Centres fiscaux canadiens ? Disons que c’est très peu probable à première vue.

Pour le député de Jonquière Sylvain Gaudreault, qui est l’unique représentant du Parti québécois, il va de soi qu’il aurait été difficile de s’objecter contre une motion dont l’objet est de rapatrier des pouvoirs au Québec. L’essentiel du programme de sa formation politique repose sur la souveraineté et, pour le Parti québécois, chaque gain idéologique, aussi infime soit-il, est inquantifiable. Sans doute, dans son for intérieur, le député de Jonquière aimerait imposer la condition que chaque emploi perdu en raison d’un tel rapatriement serait compensé ; sans doute souhaiterait-il que tous les travailleurs qui animent le Centre fiscal de Jonquière soient immédiatement replacés aux mêmes conditions, avec les mêmes avantages et les mêmes horaires de travail. Mais encore là, c’est rêver en couleur. Or, l’article 1 du PQ a primauté sur tous les considérants.

Quant aux quatre députés caquistes, incluant la ministre Andrée Laforest, aucun d’entre eux n’a soulevé publiquement le risque de voir disparaître des emplois pour, soi-disant, « faciliter la vie des Québécois et Québécoises », un discours qui est sans fondement pour la majorité d’entre nous, qui faisons appel à un professionnel lorsque l’heure des impôts est venue.

Et Richard Martel, le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord, dans tout cela ? À l’approche de l’élection fédérale d’octobre 2019, il est resté muet alors que son parti fait du rapport d’impôt unique l’un des fers de lance de sa stratégie pour séduire le Québec. Pourtant, à n’en pas douter, plusieurs de ses électeurs font la route chaque matin vers l’établissement de Jonquière afin de gagner leur vie. Peut-il leur assurer, à chacun d’eux sans exception, qu’ils conserveront un emploi équivalent, aux mêmes conditions ? Pas plus que tous les autres.

Seuls les députés fédéraux Richard Hébert et Karine Trudel, respectivement du Parti libéral du Canada et du Nouveau parti démocratique, s’opposent à cette volonté de Québec. Mais soyons honnêtes, chacun d’eux suit la ligne de son parti ; aucun n’a eu à s’insurger contre vents et marrées pour sonner l’alarme, sinon en caucus, derrière des portes closes.

Mais le fait demeure : un rapport d’impôt unique aurait des conséquences négatives sur la région. Il serait un gain pour les souverainistes, un gain pour les autonomistes, un gain pour le parti qui souhaite déloger le gouvernement fédéral… Mais pour nous, ici, il serait une perte nette d’emplois.

C’est aussi ça que doivent défendre nos élus. Même que, avant toutes choses, c’est surtout ça.