Alexandre Cloutier était accompagné de sa conjointe Marie-Claude, mardi matin, pour annoncer son retrait de la vie politique après le présent mandat.

Mauvais signal

ÉDITORIAL / Le départ de la vie politique d’Alexandre Cloutier renvoie à plusieurs réflexions. Il en a soulevé quelques-unes, mardi, durant la conférence de presse solennelle qu’il a tenue, à Alma. Au-delà des considérations personnelles telles la motivation, la façon de faire de la politique, la twittomanie et la quête du combat journalier au détriment de la guerre, il y a la place des régions au sein du Parti québécois.

De toute évidence, la seconde investiture à la chefferie du PQ a marqué Alexandre Cloutier. L’agitation d’acteurs de l’establishment pour lui barrer la route et pour faire élire un candidat de convenance, à leurs yeux, aura peut-être été le point de départ de sa réflexion. Parce que sa défaite, à sa première tentative de devenir chef, s’inscrit davantage dans l’ordre des choses compte tenu de tout ce que représentait Pierre Karl Péladeau pour les souverainistes.

Le chef Péladeau avait des atouts économiques, ce qui manque au parti en regard des Jacques Parizeau et Bernard Landry, et ajoutait de l’assurance. Il représentait un pari intéressant à l’époque et sa candidature était de nature à soulever un engouement.

Tasse-toi le jeune

Mais Jean-François Lisée est une tout autre affaire. Non pas qu’il ne soit pas un politicien légitimé, mais plutôt qu’il représentait celui qui allait permettre à l’establishment de conserver la mainmise et ainsi barrer la route au «provincial» qu’était Alexandre Cloutier. Tout a été mis en œuvre pour propulser le candidat Lisée à la tête du parti quitte à s’aliéner Alexandre Cloutier. C’est exactement ce qui s’est produit.

D’ailleurs, les conférences de presse de mardi, coup sur coup, tenues par deux députés démissionnaires du PQ, Alexandre Cloutier et Nicole Léger, relayées sur les grands réseaux d’information, parlaient d’elles-mêmes. D’un côté, Alexandre Cloutier, seul, avec sa conjointe à ses côtés, et, de l’autre, Nicole Léger, flanquée de quelques députés dont le chef Lisée, illustrent bien l’état d’âme des acteurs.

Bien sûr que Jean-François Lisée ne pouvait pas être aux deux endroits en même temps, mais on peut convenir que la situation arrangeait à la fois le premier et Alexandre Cloutier. Ils se sont quand même frottés vigoureusement sur la question identitaire lors de la course à la chefferie, une situation comparable à une échauffourée entre joueurs d’une même équipe de hockey.

Il est clair que le député de Lac-Saint-Jean ne se reconnaît plus dans le PQ actuel, ce qui questionne la place des régions. Le parti a bien beau dire qu’elles comptent toujours, mais l’important, surtout, est le signal contraire que les électeurs envoient.

La question identitaire, le rôle des Syndicalistes et progressistes pour un Québec (SPQ) libre et l’influence d’un establishment sur le parti constituent des raisons qui contribuent à faire perdre la motivation à un député comme Alexandre Cloutier.

Ce ne sont pas que des petits signaux qui sont envoyés au PQ, mais bel et bien une alarme tonitruante. La montée de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de Québec solidaire (QS), particulièrement chez les francophones de l’île de Montréal, invitent à la réflexion. Preuve que le PQ encaisse mal la fin du bipartisme; il ne cesse de regarder dans le rétroviseur tout en essayant d’avancer. Et la victoire d’une solidaire (Valérie Plante) à la mairie de Montréal s’annonce comme un autre danger.

Danger

L’erreur que le PQ peut commettre est de tenter de banaliser ou d’isoler la décision de Cloutier. Par son choix, le député de Lac-Saint-Jean illustre qu’il n’est pas juste jeune en âge, mais aussi d’idée. Ne dit-on pas que cette génération a besoin de bonnes raisons pour croire en leur entreprise et y demeurer ? Champion des formules-chocs, Jean-François Lisée a besoin de toutes ses habiletés pour convaincre que tout va bien dans le navire péquiste à moins de neuf mois d’une campagne électorale...