Réjean Bouchard

Matière à réflexion

ÉDITORIAL / Quoi qu’il ait accompli au cours de sa carrière, quel que soit son legs politique, c’est d’abord à partir de son éthique qu’un élu est évalué dans l’histoire. Réjean Bouchard a dirigé Saint-Bruno pendant près de deux décennies, avant de s’avouer vaincu lors des élections municipales de 2017. Il a été préfet de Lac-Saint-Jean-Est et a été conférencier invité au Gabon, pour parler de la gestion des matières résiduelles. En l’espace d’une soirée, lundi, son œuvre a été ternie. Tout ça pour des dépenses injustifiées qui totaliseraient près de 10 000 $, entre 2012 et 2016. Car, s’ils sont prêts à pardonner un écart verbal ou une mauvaise décision, les contribuables sont beaucoup plus enclins au goudron et aux plumes lorsqu’il est question de factures irrecevables.

Sans doute, ce dossier fera encore l’objet d’articles, au fur et à mesure que les vérifications d’usage seront effectuées et que les explications de l’ancien maire seront rapportées. Mais rapidement, la nouvelle administration municipale de Saint-Bruno tournera la page pour regarder vers l’avant. Déjà, le conseil a confirmé qu’il n’a pas l’intention de réclamer les sommes dues.

Tout ça nous rappelle néanmoins les problèmes auxquels doivent faire face plusieurs localités de moindre envergure. Car, même si Réjean Bouchard demeure le principal responsable pour la production de ses allocations de dépenses, tous les élus de l’ancien conseil ont failli à leur devoir de surveillance et de contrôle. Et c’est là que le bât blesse. Avec ses quelque 2900 habitants, ses entreprises locales, ses fonctionnaires et sa position géographique avantageuse, Saint-Bruno possède tous les outils nécessaires pour assurer une saine gestion des deniers publics. Le conseil a d’ailleurs modifié ses règles afin que pareille situation ne puisse plus se reproduire. Par contre, dans un village de moins d’un millier d’âmes, où les élus ne disposent pas d’autant de ressources pour les encadrer, les risques d’infractions, intentionnelles ou non, sont accrus.

Le cas de Lamarche

Le cas de Lamarche, au Lac-Saint-Jean, est éloquent.

La communauté s’est développée, pendant 20 ans, sous le règne du maire Jean-Guy Fortin, qui était aussi le principal employeur de la localité. Peu de gens se risquaient à le défier, et c’est ainsi que la municipalité s’est lentement dépolitisée. Or, en 2007, un groupe de citoyens et de conseillers a pris en charge d’affronter le maire Fortin jusqu’à ce que ce dernier abandonne son siège en plein mandat. Lamarche s’était enfin libérée d’une trop longue emprise sur son destin, certes, mais avait-elle la maturité politique pour s’émanciper et mettre à profit ses plus beaux atours ? La réponse est non.

Depuis le départ forcé de Jean-Guy Fortin, Lamarche a nagé en eaux troubles, victime de gouvernances instables, contestées, voire coupables d’infractions au code municipal. Une commission d’enquête a même été décrétée par Québec en 2011, un exercice au terme duquel le maire de l’époque, Claude Bourgault, a été déclaré inapte à siéger. Quatre des six conseillers du temps ont subi le même sort pour différentes infractions de conflit d’intérêts, d’ingérence et d’octrois irréguliers de contrat. Ce n’est qu’en 2014 que Lamarche a repris sa pleine autonomie, après plus de trois ans de tutelle.

Alors que faire, concrètement, pour s’assurer d’un encadrement plus homogène de toutes les municipalités du Québec, de la plus petite à la plus grande ?

Le gouvernement pourrait-il mieux accompagner les villages ? Ou pourrait-il simplement accorder davantage de pouvoirs aux MRC qui auraient, par exemple, le mandat d’analyser et d’approuver les allocations de dépenses relatives à des activités tels les congrès ?

Une chose est sûre, si une administration municipale comme celle de Saint-Bruno n’y a vu que du feu pendant quatre ans, il y a de fortes chances qu’il en soit de même ailleurs, dans des localités qui peinent à embaucher un directeur général de qualité.

Il y a là matière à réflexion pour la ministre Andrée Laforest, responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean et titulaire des Affaires municipales et de l’Habitation.